L’histoire commence en février 1965 et se déroule durant 6 mois à l’Ecole d’Infanterie d’Arlon afin d’obtenir les galons de sergent qui me permettront d’être muté, comme “sous-off CSOR” pour six autres mois au 1er Bataillon des Chasseurs Ardennais, à Spich (en Allemagne)
En 2004, j’ai pris plaisir à écrire ce texte que j’ai intitulé “La vie facile du soldat en temps de paix !”
1. Au Centre de Sélection et de Recrutement
"Le Petit Château" !
J'en avais souvent entendu parler avant que je ne dusse y mettre les pieds. Je me l'imaginais un peu comme le Château des Comtes à Gand, ou, de la même allure architecturale, comme le Château de l'Île Noire, dans l'une des aventures de Tintin.
Il me fallut vite revoir l'image que je m'en faisais.
Un grand bâtiment de briques noircies, dont l'entrée cochère est flanquée de deux tourelles à créneaux. Passé cette grande porte, on aperçoit les hautes bâtisses qui délimitent une cour carrée, entièrement pavée de gros moellons. Les fenêtres arrondies se distinguent à peine dans la généreuse végétation de lierre qui recouvre les murs patinés de poussière.
- "Rassemblement !"... Voilà mon tout premier ordre militaire crié à l'heure du rendez-vous fixé. En habits civils, costume-cravate, redingote par-dessus, les appelés se regroupent autour d'un homme en kaki : l'uniforme militaire auquel il me faudra m'habituer. Le béret à l'écusson, le ceinturon, les deux ou trois galons, les guêtrons et les godasses m'impressionnent et m'inspirent le respect et l'obéissance.
La première partie de la journée fut réservée à la prise de la photo de groupe d'appelés pour l'heure prévue. Ça n'a pas traîné :
- "Vous vous mettez sur trois rangs, le premier accroupis; le deuxième, vous vous baissez un peu, les plus grands : au troisième rang. On ne bouge plus : clic ! Pouvez disposer !" Il ne suffisait plus qu'à suivre le caporal de faction. Enfin, je dis "caporal", je n'en savais absolument rien !
Comme un troupeau, nous suivons notre guide pour rejoindre une grande salle, comme une "étude" de collège, où il nous faut remplir un premier papier, qui sera le seul d'ailleurs. Nom, prénoms, adresse, tout ... à propos de mon identité. Là où la formalité perd sa banalité administrative se situe au paragraphe des désitératas. "Quel bataillon souhaitez-vous rejoindre ?"
Primo : pour y répondre utilement encore fallait-il connaître ce que de l'armée pouvait offrir.
Secundo : ces souhaits n'étaient jamais satisfaits. Pire, j'ai l'impression que l'armée faisait tout pour envoyer ses ploucs à l'opposé de leur désitérata. A titre d'exemple, un jeune mécanicien pouvait se voir affecté à une fonction d'infirmier, ou l'inverse.
Quant à moi, je me suis déclaré C.S.O.R., c'est-à-dire Candidat Sous-officier de Réserve. pour l'unique raison de pouvoir profiter d'un écolage de six mois en Belgique... les six autres mois se passeraient en Allemagne. Car, à l'époque, le service militaire ordinaire s'étalait sur une période de 3 semaines en Belgique pour l'apprentissage élémentaire du soldat, dans un Centre d'Instruction, puis les 11 mois restant dans une caserne en Allemagne.
La remise de mon papier au préposé me permit de faire connaissance avec un premier temps de liberté. En faisant quoi ? Pour griller une cigarette, pardi !
Après "un certain temps", un nouveau cri de"rassemblement" m' invita à me joindre au groupe pour se rendre au studio-photo, là où l'on fixera sur la pellicule, ma tronche officielle qui s'agrafera sur mon livret militaire. Vite un coup de peigne dans ma tignasse et resserrer le noeud de cravate pour paraître dans mon meilleur jour. Pourtant, à ce moment, j'avais l'impression d'apparaître comme un "bagnard" numéroté à hauteur du torse par des plaquettes chiffrées que le photographe modifiait machinalement au fur et à mesure des poses.
Avec le recul du temps, cette photo m'offre cette immense joie de me rajeunir : j'avais oublié qu'à 20 ans, je portais des lunettes comme celles du... roi Baudouin 1er; qu'au dessus du front, un épi me donnait un joli cran dans les cheveux; que mon visage ne supportait aucune ride. Sinon, à part tout cela, je suis resté le même.
Et le matricule ? Je l'avais aussi oublié celui-là. Pourtant, on m'avait bien enfoncé dans le ciboulot, encore et encore, que ce numéro devait être connu plus que "par coeur", jusqu'aux tripes et que "seul, ce numéro peut être transmis à l'ennemi, si vous êtes fait prisonnier !"
2. En attendant la visite médicale... tous en slip
Opération suivante : la visite médicale. Dans une grande salle-vestiaire, tous les circonscrits ensemble, nous avions été priés de nous déshabiller... jusqu'au caleçon. Avant de venir faire la file selon l'ordre alphabétique, devant le cabinet du toubib, je me souviens avoir dû déchiffrer des chiffres à peine visibles sur des ronds en couleurs. Avec ou sans lunettes, je les décryptais aisément : je n'étais donc pas daltonien, auquel cas j'aurais été exempté du service. L'attente dans cette file avait quelque chose de désagréable et de marrant. Pour moi, ce fut une première violation de ma pudeur de jeunesse, pour d'autres, ce fut l'instant de bonnes rigolades avec quelques blagues salaces. Bref, pour gagner du temps dans la file, nous passions sous la toise et sur le pèse-personne dont un préposé déplaçait les poids du balancier. Après ces mesures, l'instant fatidique de baisser mon slip fut arrivé pour me présenter, à mon, tour et à poil, devant le toubib. Est-ce que le docteur m'ausculta le torse à l'aide de son stéthoscope ? Je ne m'en souviens plus. Par contre, il m'a brièvement regardé de la tête au pieds.
- "Tournez-vous !" Ce que je fis immédiatement.
- "Montrez-moi la plante de vos pieds !" Je pliai aussitôt un genou puis l'autre !
- "C'est bon ! Au suivant !" Quelle chance, je n'ai pas les pieds plats !
Ouf ! Cette visite médicale que j'appréhendais comme la rouspétance d'un curé à son enfant de choeur fut terminée en moins de temps qu'il n'aura fallu pour écrire cette histoire.
Bien vite... je renfilais mon slip et tout le reste de mes vêtements. Comme c'était bizarre, cette impression d'être "rhabillé".
- "Pouvez fumer une cigarette !" nous a-t-on signalé après la visite médicale. Jusqu'à quelle heure ? Il ne suffisait que d'attendre l'arrivée d'un militaire qui nous signala que la photo était maintenant en vente et que nous pouvions l'acheter. Qu'ont-ils bien pu faire tous ces jeunes gens durant leur carrière ?
Après quoi, nous pouvions rentrer dans nos foyers.
"Faire ses trois jours" disait-on autrefois.
Un seul a suffi pour moi, en 1964.
Trois mois plus tard, je recevais ma convocation pour l'appel sous les drapeaux.
3. L'ordre de marche pour l'Armée
Mi-janvier, sans grand étonnement, je reçois mon ordre de mission pour entrer sous les drapeaux à partir du 1er février 1965.
A la maison, ma mère considère cette date comme très mal choisie et trop hâtive puisque mon frère Gérard, de deux ans plus âgé que moi, est lui aussi sous les drapeaux depuis six mois et qu'il doit encore en tirer tout autant. Deux "soldats" dans la même famille, simultanément, surtout en temps de paix, n'était-ce pas difficile à admettre ? Pourtant, nous l’avons fait !
Ainsi donc, lorsque je partis pour Arlon, à la Caserne Callemeyn et je n'avais plus un coeur de célibataire. Cela fut notre premier test de vie à deux : des soirées de "blues" sentimental, de cafard amoureux, de confidences épistolaires. C'est d'ailleurs sur base de ces nombreuses lettres que je peux écrire, aujourd'hui, cinquante-cinq ans plus tard, ce que fut ma vie militaire,... une obligation en tant que jeune citoyen-patriote-belge.
Mais... depuis 1994, cela n'existe plus. Cette décision a-t-elle été “bonne” ?
4. Cinq heures de train pour Arlon
Le voyage jusqu'Arlon ne m'a pas vraiment laissé un souvenir mémorable. Sauf celui de sa durée : parcourir plus de 300 km pour traverser la Belgique, de Comines à Arlon, nécessite quand même 5 heures de voyage compte tenu de la meilleure correspondance entre les arrivées et départs des trains.
Tout commence à Le Bizet où, avec ma valise neuve mais vide à la main, je grimpe dans l'autobus vicinal pour me rendre à Comines. Un premier transport en commun... puisque aucune voiture n'existait dans ma famille. Je n'avais pas d'autre solution que celle-là ! C'était l'habitude, à l'époque.
Comines, la première gare ! Dispensé de passer au guichet pour l'achat d'un ticket de train - celui-ci m'étant offert gratuitement par la Patrie - il me faut attendre l'heure du train dans cette salle d'attente fermée pour accéder aux quais. Soudain, un préposé en képi gris et mauve, ouvre précipitamment la porte en criant "Courtrai - Kortrijk". Aussitôt, les voyageurs se précipitent vers cet agent qui effectue un premier contrôle du titre de transport. Et "crr"...un petit trou comme celui du poinçonneur des Lilas.
Pour atteindre le quai d'embarquement, les gens doivent bizarrement traverser deux voies en enjambant les rails, les traverses... Impensable aujourd'hui .
Après quelques minutes d'attente, voilà le lourd convoi en ferraille qui arrive bruyamment et s'arrête, fumant de vapeur et dégoulinant d'huile. Les passagers, des navetteurs comme on les appelle, s'y précipitent vers les places qui leur sont "réservées" par l'habitude.
A peine lancé, voilà que ce train se met à ralentir en crissant des freins à l'approche de Wervik ! Il s'arrête. Les portes s'ouvrent. D'autres navetteurs s'engouffrent dans les compartiments pour occuper les places vides. Un coup de sifflet retentit; le train se remet en branle. Si les conversations se font plus bruyantes, elles sont aussi de plus en plus incompréhensibles. Les jeux de cartes sortent des mallettes. Que jouent-ils ? Je l'ignore ! En flamand, c'est pour moi un véritable charabia. Qu'importe..., ils ne seront pas gênés par mes regards curieux. Pensif, je préfère voir défiler les arrière-cuisines, dépendances et "kotje" des maisons qui jouxtent la voie ferrée et que frôle mon omnibus : un train qui s'arrête à toutes les gares : encore à Menin, à Wevelgem, à Bissegem et enfin au terminus de Courtrai où il faudra changer de train et sauter dans un autre qui roule vers Bruxelles ! Vite, car, ma mère, une grande passionnée des chemins de fer m'avait averti : "Tu n'as que six minutes pour changer !"
5. Suite : toujours avec “des p’tits trous”
A “KORTRIJK”, la gare est plus importante : une galerie passe sous les voies ferrées. Aux tableaux jaunes, dont je m'étais familiarisé à la lecture, je m'empresse de repérer le numéro de la voie et le type de train : c'est un semi-direct qui ne s'arrête pas à toutes les gares. Tant mieux, il ne sera que plus rapide mais les haltes de Anzegem, Zottegem, Aalter, Denderleeuw ne sont que plus longues : le wagon devient de plus en plus bondé de gens aux allures de fonctionnaires munis de leur belle mallette contenant... thermos et tartines. Soudain, se frayant un passage dans une allée encombrée de bagages, un autre contrôleur passe à nouveau pour perforer mon ticket de train, d'une deuxième perforation ! J’ai envie de fredonner : “Des p’tits trous, Des p’tits trous, toujours des p’tits trous”
A l'approche de Bruxelles, l'entrelacs d'aiguillages et les trépidations du train provoquent un tintamarre énorme. Tous les passagers assis côte à côte subissent à l'unisson un balancement du tronc et de la tête amusant.
Au "Midi", même empressement pour repérer la voie vers Arlon. Par chance, une vingtaine de minutes me laissaient la possibilité d'avaler la tartine que j'avais enfouie au fond de mon petit "kid bag". Le train, aux voitures plus confortables, était déjà à quai. Il me suffisait d'y monter et de me trouver une bonne place à la fenêtre puisque le voyage devait durer trois heures !
Coup de sifflet : ça y est,... imperceptiblement, le train avance tout doucement, en silence avec, à bord un troisième poinçonneur-contrôleur. Au fil des kilomètres, je découvre un paysage que ne je ne connaissais pas : cette Wallonie vallonnée avec ses forêts de sapins séparées d'une vallée au fond de laquelle se niche un petit village aux toits d'ardoises.
A Arlon, le train se vide et, bizarrement, toute une bande de jeunes gens ne se connaissant pas, convergent vers la sortie de la gare où, la aussi, un “employé des chemins de fer” récupère les tout petits carton mauve troués avec tellement de soin. Quelle méfiance, cette SNCB !
Lorsque je franchis la porte de la gare, un autre gars, en kaki celui-là et coiffé d'un béret brun, invite la centaine de gaillards en civil, apparemment tous du même âge et qui portaient des bagages, à se rassembler, à se mettre en rangs par trois et le suivre à travers les rues d'Arlon. Destination de la promenade : la caserne Callemeyn, située sur les hauteurs de la ville, à deux kilomètres. Que cette première marche fut pénible !
6. Nous y voilà !
En arrivant à la caserne Callemeyn, je savais que n’eusse pas été tout à fait en pays inconnu. Gérard, mon frère, y était caserné depuis six mois puisqu'il entra à l'armée, le 1er août de l'année précédente, en tant que CSOR également, intégré à la 1ère Compagnie ! Hélas, son instruction pour devenir sergent ne se déroula pas comme l'Armée l'espérait : après deux mois d'écolage, et au vu du manque de résultats lui octroyant ses premiers galons, le CSOR Gérard DeWitte fut rayé de l' Ecole d'Infanterie pour être muté, dans la même caserne, vers le "magasin général"... là où l'on stocke les godasses, les vareuses, et tout l
e barda du bon soldat. Un travail de planqué, quoi, où pour le peu qu'il y ait quelque chose à faire ! Je savais mon frère cadet était un peu anti-militariste “sur les bords” . Il l'avait souvent écrit dans son courrier : "L'armée, c'est un an de perdu" pensait-il. Et il n'a jamais hésité à le montrer chaque fois que l'occasion se présentait mais toujours avec la même prudence de ne pas risquer la punition. Si bien, qu'en pareils cas, officiers et sous-officiers-instructeurs ne demandent qu'une seule chose en pareils cas : vite se débarrasser de ces miliciens-là et les envoyer vers d'autres départements pour ne plus les "avoir dans leurs pattes !". Ce qui arrangeait tout le monde : "militaires d'active" et "soldats par obligation" ! A l'École d'Infanterie d'Arlon, on y allait pour devenir de bons sous-officiers capables de commander des soldats, des fantassins, des fusiliers d'assaut ! Ceux qui risquent leur peau, en première ligne ! Mon frangin n’avait pas cette ambition-là !
7. Les voilà les “Bleus”
7. Les voilà les “Bleus”
Devant le Corps de Garde, mon regard ébahi se perd sur les imposants bâtiments en moellons, hauts de trois ou quatre étages recouverts d'une énorme toiture d’ardoises. On les appelle des "blocs" et ils entourent une gigantesque cour carrée en gravier rouge, non pas de récréations, mais d'exercices et de parades, appelée "Parade Ground". En évidence : le mât en haut duquel flottent les couleurs. Le pourtour est constitué d'une "chaussée" en macadam et d' une demi-douzaine de "blocs" baptisés par des lettres. Aux quatre coins, d'autres bâtisses de style différent se dressent plus discrètement : une chapelle, un cinéma, un mess...
Me voilà donc arrivé à destination le même jour, le 1er février 1965, comme un "gros bleu", avec une centaine d’ autres recrues totalement inconnues, pour devenir “sous-off” en six mois sans savoir ce qui m'attend.
Le premier rassemblement sera l'appel et le contrôle de présence de toutes les recrues, avec désignation du groupe auquel elles sont affectées.
Tous rassemblés face à un adjudant moustachu et bedonnant, en uniforme kaki impeccable et qui crie nos noms l'un après l'autre, nous répondons "présent" en levant la main pour nous diriger vers l'un des trois groupes qu'il désigne en même temps. Ainsi se forment, sous le regard impassible et sévère des gradés étoilés ou galonnés, trois pelotons de jeunes gens “en civil” avant de devenir des “kaki”.
- "Voilà les bleus" songent-ils.
Il leur faudra les mater et faire de cette nonchalante jeunesse des soldats, des vrais, qui savent en baver pour la patrie !
Après la pause cigarette, - (c'est fou ce qu'on apprend à fumer à l'armée) - un second rassemblement s'opère maintenant par peloton. Le mien, est le 1er peloton, commandé par un Officier de Réserve (C.O.R.) repérable aux deux bandelettes rouges qui garnissent ses épaulettes. Il se présente sous le nom de sous-lieutenant Empain, un gars qui doit vraisemblablement être cinq à sept ans plus âgé que moi. Quel couvre-chef est donc ce béret brun qu'il rabat jusqu'aux sourcils pour se donner du genre ? Quel gradé cache cette grosse voix, rauque et bruyante pour se montrer fort en gueule ? En même temps, il cite les noms de ses assistants sous-officiers : des militaires de carrière qui seront nos instructeurs. Lorsque leurs noms retentissent, chacun leur tour, ils se figent au garde-à-vous en claquant les talons et en nous présentant un énergique salut : - sergent Peduzzi - adjudant Lenoir et d'autres.
8. Un “De Witte” y était déjà !
Pour enchaîner sur ces présentations, nous, les 30 recrues du 1er peloton, devons à notre tour décliner notre nom, non plus par ordre alphabétique, mais dans l'ordre de la... taille. Parce que avions dû nous "re-rassembler" sur trois rangs dans l'ordre décroissant de notre grandeur sous la toise. Avec mon mètre septante-cinq, je me situais dans la seconde moitié du groupe, parmi les plus grands des... petites tailles
Les noms se suivent et ne se ressemblent pas : des noms flamands et des noms à consonance latine, mais tout le monde parle le français, ou plutôt, tout le monde à exprimé le désir d'accomplir son service militaire dans un régiment de langue française.
Vient mon tour :
- "De Witte Michel, Ploegsteert"
- "Ah Ah !, De Witte,... le frère de l'autre !" qui me répond du tac au tac le gradé d’une étoile d’or Empain. Je reste sans réponse mais, je me sens aussi déjà catalogué ! Or, à l'armée, un seul conseil est vrai : ne pas se faire remarquer. Pour moi, ce serait donc fichu ?
Après ces présentations de la troupe et d’une pause- cigarette, les "bleus" auront droit à la répartition des chambres. Un sergent se charge de redonner lecture des noms, par groupe de huit, en y ajoutant le numéro d'une chambre. La 115, au deuxième étage. Un local carré de 7 m x 7 m peint en jaune canaris avec plafond haut blanc sale, doté de grandes fenêtres poussiéreuses. De chaque côté de la porte, quatre lits métalliques séparés par des armoires vestiaires individuelles de couleur jaune d'oeuf. Au sol, un carrelage brun crème moucheté de point gris. Voilà pour le décor.
Nous voilà donc, à huit, arrivés dans la chambre avec l'épineux problème de la prise de possession des couchages. Là encore, l'Armée a tout prévu et le sergent Peduzzi vient répartir les lits selon l'ordre alphabétique des noms :
- 1er lit à gauche, en entrant : Cordonnier
- 2e lit à côté : Dramaix
- 3e lit : G. Delmotte
- 4e lit : JP. Dewinckeleer
- près de la fenêtre à droite : JP. Dewinter
- ensuite : M. De Witte
- ensuite : G. Dhouillie
- et enfin, près de la porte à droite : P. Fabry.
Avant de s'éclipser, le sergent précise aussi que le chef de chambre, donc le responsable en cas de grabuge ou de chahut, est toujours le premier cité ! Tous nos regards se figent sur l'ami du premier lit, un grand gaillard, plus adipeux que musclé, il affiche un sourire fier et timide à la fois, embelli d'une barbe. Trop sympa, il se demande même ce qu'il est venu faire ici dans cette caserne.
Vite, nous plaçons toute notre confiance de ce "chef de chambre" qui n'avait vraiment pas envie d’endosser cette immense responsabilité qui lui tombe sur la tête. Jamais, sauf pour l'humour, il n'a affirmé : "C'est moi le chef de chambrée, ici !" sans pouffer de rire.
L'instant était venu maintenant pour faire connaissance en révélant notre commune d'origine tout en agrémentant nos présentations de quelques bonnes blagues. Un bon début pour sympathiser !
9. Vos habits de l'armée... les voici !
Dès le lendemain de mon arrivée à Arlon eut lieu la remise des équipements vestimentaires et de l'arme de guerre ! Un mot à faire frémir :
Comme tout le monde, je passe au magasin où une "gamelle", aidée d'un autre "plouc" me remet mes habits de soldat : trois caleçons en coton écru, deux maillots de corps à manche, une culotte courte , trois chemises kaki en grosse toile, un pull-over, une écharpe, une cravate, de grosses chaussettes : voilà le contenu d'un premier paquet à la teinte unique : le kaki.
Il faudra s'y habituer.
Au local d'à-côté, je reçois la suite de l'équipement militaire : un BD d'exercices et un BD de sortie. "BD" signifie "Beattle Dress", c'est à dire la veste militaire classique, courte, munie de deux poches sur la poitrine et de deux épaulettes. Deux pantalons de large coupe et dotés d'une ribambelle de boutons servant tantôt à maintenir les passants de ceinture, les bretelles, la fermeture des poches, de la braguette...
Mon paquetage grossit encore par la tenue de combat :
une veste de "smoke", c'est-à-dire bariolée des couleurs du camouflage, le pantalon assorti et la toile de tente ! Puis encore le ceinturon, les guêtrons et la crème pour les raidir ! Et pour finir : la capote, lourde, rêche !
Pour les godasses... le préposé me demande la taille des chaussures :
- "42" dis-je
- "Voilà du 43, deux paires !"
Bon sang qu'elles étaient grosses ces bottines qui semblaient d'ailleurs avoir déjà été portées. Il suffisait pour cela qu'un milicien s'était plaint pour des chaussures trop petites. On échangeait tout simplement !
Était-ce tout ? Absolument pas ! Mes bras se chargèrent encore du double casque, du masque à gaz, des deux gamelles et de la gourde en aluminium, de la pelle, du petit sac à dos dit "le havresac" plus encore un grand "kid bag" qui ne servira qu'une seule fois : le jour de la "démob".
Enfin, pour le béret, là il fallut encore donner mon tour de tête. Avec mon crâne qui fait 60 cm de pourtour, voilà une taille relativement rare. Le magasinier eut beau fouiller dans son stock, il ne trouva pas la bonne mesure. Mais qu'importe, du 59 ira quand même, il suffit de forcer la bande de cuir !
Après cette généreuse distribution d'habits militaires, chacun regagna sa chambre où débutèrent les amusants essayages.
Les grands gabarits enfilaient tantôt des "frocs" trop courts comme s'ils avaient couru au feu; d'autres, par contre, passaient des pantalons où il y avait place pour deux ! Mais l'armée n'avait que faire de cette coquetterie vestimentaire, elle ne souhaitait que de la rigueur dans l'uniforme. Point !
Comme tout le monde, je passe au magasin où une "gamelle", aidée d'un autre "plouc" me remet mes habits de soldat : trois caleçons en coton écru, deux maillots de corps à manche, une culotte courte , trois chemises kaki en grosse toile, un pull-over, une écharpe, une cravate, de grosses chaussettes : voilà le contenu d'un premier paquet à la teinte unique : le kaki.
Il faudra s'y habituer.
Au local d'à-côté, je reçois la suite de l'équipement militaire : un BD d'exercices et un BD de sortie. "BD" signifie "Beattle Dress", c'est à dire la veste militaire classique, courte, munie de deux poches sur la poitrine et de deux épaulettes. Deux pantalons de large coupe et dotés d'une ribambelle de boutons servant tantôt à maintenir les passants de ceinture, les bretelles, la fermeture des poches, de la braguette...
Mon paquetage grossit encore par la tenue de combat :
une veste de "smoke", c'est-à-dire bariolée des couleurs du camouflage, le pantalon assorti et la toile de tente ! Puis encore le ceinturon, les guêtrons et la crème pour les raidir ! Et pour finir : la capote, lourde, rêche !
Pour les godasses... le préposé me demande la taille des chaussures :
- "42" dis-je
- "Voilà du 43, deux paires !"
Bon sang qu'elles étaient grosses ces bottines qui semblaient d'ailleurs avoir déjà été portées. Il suffisait pour cela qu'un milicien s'était plaint pour des chaussures trop petites. On échangeait tout simplement !
Était-ce tout ? Absolument pas ! Mes bras se chargèrent encore du double casque, du masque à gaz, des deux gamelles et de la gourde en aluminium, de la pelle, du petit sac à dos dit "le havresac" plus encore un grand "kid bag" qui ne servira qu'une seule fois : le jour de la "démob".
Enfin, pour le béret, là il fallut encore donner mon tour de tête. Avec mon crâne qui fait 60 cm de pourtour, voilà une taille relativement rare. Le magasinier eut beau fouiller dans son stock, il ne trouva pas la bonne mesure. Mais qu'importe, du 59 ira quand même, il suffit de forcer la bande de cuir !
Après cette généreuse distribution d'habits militaires, chacun regagna sa chambre où débutèrent les amusants essayages.
Les grands gabarits enfilaient tantôt des "frocs" trop courts comme s'ils avaient couru au feu; d'autres, par contre, passaient des pantalons où il y avait place pour deux ! Mais l'armée n'avait que faire de cette coquetterie vestimentaire, elle ne souhaitait que de la rigueur dans l'uniforme. Point !
Pour agrémenter ce papier, je vous propose un dessin de Sad Sack, soldat imaginaire né du crayon du Sgt Baker, durant le 2e guerre.
10. Du béret aux godasses !
Le béret de couleur brun clair comme la terre ! Voilà bien l'accessoire qui préoccupa le plus toutes les recrues. De sa forme, ainsi que celle du crâne, déclinait l'aspect sérieux ou rigolo du soldat. Mieux, de l'état d' "usure" de ce couvre-chef dépendait aussi une certaine considération pour son porteur ! Plus il était grand, feutré, aplati comme une crêpe, plus il dénonçait la "bleusaille"qui le portait. Plus il s'était rétréci, luisant, sali, au bord de cuir gras, plus il suscitait le respect dû aux volontaires de carrière !
Tous les trucs étaient bons pour accélérer ce phénomène de patine : le tremper dans l'eau, le faire bouillir, le remplir de bière, le sécher au radiateur... il fallait à tout prix que ce béret diminue de circonférence pour ne pas ressembler à une faluche posée sur la tête ! La prestance du soldat... tel était l'enjeu. Encore fallait-il savoir le porter de manière la plus réglementaire qui soit.
Ce fut d'ailleurs l'un des premiers sujets de l'instruction : la tenue militaire ! Le sergent Peduzzi, crâneur par nature, se chargea de cette tâche.
Le bérêt se porte : horizontalement sur la tête, à deux doigts au-dessus des sourcils, le bonnet tiré vers l'oreille droite. Pour l'écusson rouge et l'insigne doré de l'infanterie, il vient au-dessus de l'oeil gauche ! Avec de telles informations, impossible de le porter autrement et d'avoir l'air bête. Enfin, c'est ce que l'on voulait nous faire croire ! Évidemment, il était exclu, même interdit d'avoir les cheveux longs visibles dépassant hors du béret. Le coiffeur de la caserne se montra d'ailleurs un spécialiste pour remédier à ce petit problème !
L'autre grande recommandation s'attarda sur la brillance des chaussures noires ! Sans oublier le rebord de la semelle. Pour obéir à cette exigence hautement impérative, du cirage et deux brosses à cirer nous furent remises pour procéder à un lustrage parfait des godasses. Mais la perfection, à l'armée, ne s'atteint jamais. Alors, pour éviter les rouspétances, nous essayions des trucs qui devinrent excellents : . après l'application du cirage, il fallait le sécher à la flamme d'une allumette, pour ensuite le faire briller énergiquement à l'aide la brosse à reluire suivie d'un chiffon doux ! Le résultat était remarquable. On pouvait s'y voir dedans, comme dans un miroir ! Pour la tranquillité lors des inspections, c'était le prix à payer !
Tous les trucs étaient bons pour accélérer ce phénomène de patine : le tremper dans l'eau, le faire bouillir, le remplir de bière, le sécher au radiateur... il fallait à tout prix que ce béret diminue de circonférence pour ne pas ressembler à une faluche posée sur la tête ! La prestance du soldat... tel était l'enjeu. Encore fallait-il savoir le porter de manière la plus réglementaire qui soit.
Ce fut d'ailleurs l'un des premiers sujets de l'instruction : la tenue militaire ! Le sergent Peduzzi, crâneur par nature, se chargea de cette tâche.
Le bérêt se porte : horizontalement sur la tête, à deux doigts au-dessus des sourcils, le bonnet tiré vers l'oreille droite. Pour l'écusson rouge et l'insigne doré de l'infanterie, il vient au-dessus de l'oeil gauche ! Avec de telles informations, impossible de le porter autrement et d'avoir l'air bête. Enfin, c'est ce que l'on voulait nous faire croire ! Évidemment, il était exclu, même interdit d'avoir les cheveux longs visibles dépassant hors du béret. Le coiffeur de la caserne se montra d'ailleurs un spécialiste pour remédier à ce petit problème !
L'autre grande recommandation s'attarda sur la brillance des chaussures noires ! Sans oublier le rebord de la semelle. Pour obéir à cette exigence hautement impérative, du cirage et deux brosses à cirer nous furent remises pour procéder à un lustrage parfait des godasses. Mais la perfection, à l'armée, ne s'atteint jamais. Alors, pour éviter les rouspétances, nous essayions des trucs qui devinrent excellents : . après l'application du cirage, il fallait le sécher à la flamme d'une allumette, pour ensuite le faire briller énergiquement à l'aide la brosse à reluire suivie d'un chiffon doux ! Le résultat était remarquable. On pouvait s'y voir dedans, comme dans un miroir ! Pour la tranquillité lors des inspections, c'était le prix à payer !
Illustration : un dessin de Sad Sack au magasin pour ses lacets
11. Passer par le chas de l’aiguille
11. Passer par le chas de l’aiguille
Enfin, pour les uniformes de parade, j’ai saisi l'occasion d'apprendre à... coudre ! Sur le revers du col de chaque veste devaient apparaître deux petits écussons rouges en forme de triangle indiquant la couleur du bataillon. Heureusement, un tout petit nécessaire de couture m'avait été remis, comprenant du fil kaki, une aiguille et une paire de minuscules ciseaux. L'outillage était complet pour se mettre à l'oeuvre. Il suffisait d'y ajouter un peu de réflexion et de concentration. A force d'essais et de patience, je parvins finalement à découper les bouts de tissus, à les ourler proprement et à les coudre - “comme il faut”- sans que les points ne soient visibles. Du travail propre que je contemplais, en penchant la tête tantôt à gauche, tantôt à droite. J'étais fier de moi et surtout content pour ma Maman qui n'aurait pas eu à effectuer ce petit boulot lors de ma première perm’, une semaine plus tard.
Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, je pus donc rentrer chez moi, le voyage en train étant gratuit, offert par l'armée.
Dans ma valise, se trouvaient tous mes habits civils que je devais dorénavant laisser à la maison. La détention de tels vêtements à la caserne était punissable. Mais cela ne me dérangeait pas de me balader en rue, en militaire. Bien au contraire, j'en étais fier.
12. La remise du fusil
Fringués tout neuf, on entendit soudain un tonitruant "Rassemblement !”
Aujourd'hui, nous allons vous remettre votre fusil ! C'est une arme de guerre ! Il faudra en prendre grand soin et surtout, ne jamais vous en séparer... même pour aller "faire pleurer la petite virgule. C'est dire toute l'importance de cette arme à feu qui vous sera remise !"
Tel fut donc l'avertissement verbal avant le passage à l'armurerie, par l'adjudant Lenoir, un bon petit gros dont le ceinturon retenait la panse. Coiffé d'un béret vert de Chasseur Ardennais, la grosse moustache typique des gens de l'armée, ce sous-officier avait l'air bonhomme, sans vouloir jouer la grande gueule de la compagnie. Un gars bien !
A l’armurerie sous-sol, plongée dans une pénombre froide, une odeur d'huile vieillie me montait au nez. La vue de ces dizaines de râteliers remplis de flingues m'impressionnait. Je n'aimais pas cette odeur de graisse ni le spectacle offert par ces grosses carabines automatiques rigoureusement ranges. Mais, il fallait bien que je m'y fasse,... car : "On n'a jamais vu un soldat sans son fusil !"
Arrivé à mon tour devant le préposé, un modeste galonné bien peu locace, je décline mes nom et numéro matricule, qu'il coche sur un cahier, puis, il y inscrit dans la case d'à côté une autre série de chiffres à retenir par coeur : ceux gravés sur le fusil qu'il me lance presque à la figure.
- "Signez ici !" Je signe.
- "Au suivant !" qu'il ordonne aussitôt.
- "Bon sang, il est lourd ce flingue ! Il pue l'huile ! Il est tout gras !" me dis-je ! Décidément, je n'aime pas cet objet !
Vite, retour en chambre où je le range dans mon armoire, à l'endroit prévu à cet effet ! Et je la boucle avec un cadenas inviolable, jusqu’au jour où l’instruction me permettra de faire plus ample connaissance avec cette arme à feu !
13. Au micro : “Réveil” !
Je me souviens qu’un matin de février, dès le réveil à 5.30 heures , tout le peloton dut dare-dare enfiler la tenue de sports, pour courir, groupé et sous la conduite de deux sergents instructeurs, un tout premier cross autour de la caserne. Un véritable calvaire pour beaucoup de miliciens qui n'avaient plus pratiqué de sport depuis belle lurette. Quant à moi, je parvins à limiter les dégâts, car au patronage, j'avais parfois participé de telles courses à pieds. N’empêche, "J'étais esquinté !" comme on dit dans mon village natal. Le froid glacial matinal, ce sol gelé, très légèrement vêtu, chaussé de petits "bains de mer", (glagla) m'ont vraiment fait crever.
Pourquoi nous imposait-on ces courses à pied, de si bon matin, et à jeun ? Le candidat sous-officier devait être capable, au terme de son instruction, de parcourir 9 km en 50 minutes. Sans entraînement, qui peut le faire ? Après une dizaine de ces jogging, l'épreuve sportive devenait à la portée de.. presque tout le monde.
14. En avant pour le Drill !
Pourquoi nous imposait-on ces courses à pied, de si bon matin, et à jeun ? Le candidat sous-officier devait être capable, au terme de son instruction, de parcourir 9 km en 50 minutes. Sans entraînement, qui peut le faire ? Après une dizaine de ces jogging, l'épreuve sportive devenait à la portée de.. presque tout le monde.
14. En avant pour le Drill !
Pour la bleusaille que nous étions, les gradés de la 1ère Cie de l’E.I. (Ecole d’Infanterie) nous firent découvrir un autre exercice typiquement militaire celui-là, ce fut le "drill". C'est-à-dire l'apprentissage du “marcher au pas” et l'immobilité du garde à vous.
- "Rassemblement à 9 heures, sur le "parade-ground" en tenue de drill ! Cela signifiait : béret, veste courte et pantalon de gros tissu qui gratte, ceinturon, guêtrons, et bottines brillamment cirées.
A l'heure prévue, nous nous rassemblions, en trois rangs de 10 hommes, toujours dans le même ordre décroissant de taille. Soudain...
- "En place... repos ! " hurlait le sergent.
- "Garde...à vous !" enchaîna-t-il en gueulant tout aussi fort !
Alors débutèrent les premiers sarcasmes dégradants proférés par ces gradés à l'encontre de certains miliciens qui n'avaient pas réussi... à ne pas se faire remarquer.
- "Et vous-là, garde-à-vous, n' savez pas ce que ça veut dire ! Talons joints, jambes droites, les bras le long du corps... On dirait une pouffiasse !" Et ce brave milicien enguirlandé,... c'était mon "chef de chambre" qui, par réaction, se mit à rire, ce qui vexa l'instructeur.
- "Et ça vous fait rigoler...? "
- "Autant pour notre ami qui ne trouve rien de mieux que de se marrer "
- "En place... repos !"
- "Garde... à vous !"
Et toc... un autre soldat, sans doute, distrait, n'avait pas réagi à l'ordre ! C'est lui qui s'en prit plein la tronche en engueulades tout aussi triviales !
- "Autant pour lui..."
- "En place... repos !"
- "Garde... à vous !"
Voilà maintenant qu'un troisième gars bouge presque insensiblement pendant le temps du garde-à-vous :
- "Vous-là... Ça vous gratte ?...Immobile, Pas bouger...!"
- "Autant pour l'autre qui a peur des mouches :"
- "En place... repos !"
- "Garde... à vous !"
Et la rengaine continue. On recommence le geste du repos sur place à celui de la position fixe, figée, bien droite, immobile, le menton haut ! Cette corvée peut durer une heure... jusqu'à ce que se termine cette première instruction du drill. En tout cas, j'aurai aussi appris une expression : "autant pour lui" quand il faut recommencer parce que quelqu'un s'est trompé; "autant pour moi" en guise d'excuses quand on se trompe soi-même ! En l'occurrence, le chef lui-même !
15. Drill, encore du drill, toujours du drill..
Les séances de "Drill" suivantes seront du même acabit : toujours aussi pesantes d'ennui et d'agacements pour apprendre le “marcher au pas” : gauche-droite, gauche-droite, un - deux, un - deux....
les quatre ordres de ce pas cadencé deviennent des sons si mal prononcés, et si bruyamment vociférés qu'ils ressemblent à des aboiements tels que :
- "aie - huur, aie - huur, auch, auch, auch, watt, inn - huur..."
Mieux, les instructeurs semblent prendre un malin plaisir à déformer les mots tant et plus, pour se donner de l'autorité, sans doute !
Ce Drill ne fait que commencer, à raison de deux heures par jour !... pour s'automatiser aux différents ordres comme :
"quart de tour à gauche... gauche" ou encore "demi-tour à droite... droite"
"pour le salut.... sa-lut !", etc...etc...
Un seul ordre nous plaisait bien. Celui de..."rompez les rangs" qui signifiait la fin de la séance d’entrainement et une pause de 20 minutes nous permettait de se fumer une cigarette tout en se préparant pour le cours suivant... Encore du drill !
illustration : un dessin de Horn, le meilleur dessinateur-caricaturiste belge qui a agrémenté les pages du "Soir"
16. L'apprentissage du combattant !
Dès le troisième jour du service militaire, nous eûmes droit aux premières leçons du traditionnel fantassin sur la plaine des manoeuvres située juste à côté de la caserne. Un terrain vague encombré de buissons, de monticules de terre, de fausses maisons en ruines, d'immenses flaques d'eau entourées de boue vaseuse, de chevaux de frise en barbelés, d'arbres morts ou épineux, d'une carcasse de camion calciné. Bref un décor qui devait évoquer un village détruit par une guerre imaginaire.
Pour ces cours de tactique, nous devions nous présenter en tenue de combat complète, c'est-à-dire : veste de "smoke" bariolée, casque, havresac, gourde, pelle et le fusil : tout le barda sur le dos. Avec un détail piquant supplémentaire : il fallait être grimé afin de se camoufler pour pouvoir se fondre dans la nature. Ce dernier préparatif valut son pesant d'or en rigolades. Se noircir le visage avec un bouchon brûlé au briquet, et, pour faire plus vrai, avec de la pâte verte toute molle comme du cirage. Cette atmosphère vraiment carnavalesque d’avant "bataille" fut une véritable joyeuseté.. Si certains devenaient méconnaissables et auraient pu passer inaperçus au milieu de fourrés épais, d'autres par contre n'avaient pas du tout l'envie de s'empoisonner la peau et préféraient ressembler à un clown de cirque plutôt qu'à un "G.I." américain.
- "Peloton, en avant... marche !" Cet ordre fit soudain avancer le groupe d'épouvantails kakis en produisant d'emblée un bruit de fatigue : les talons traînaient au sol par le poids de l'harnachement et la rigidité des mouvements. Trop serrés, trop chargés, trop réprimandés, nous partions pour ce tout premier exercice de "tactique", avec des pieds de plomb.
- "Gauche, droite, claquez les talons, plus fort, cassez moi ce béton..." qu'hurlait le commandant de peloton qui crânait, son "stick" sous le coude : un bâton de 50 cm enveloppé de cuir, signe distinctif des officiers.
Nous avancions vers cette plaine de Lagland en nous demandant ce qu'il s'apprêtait à nous faire faire.
18. De la boue et des balles
Des copains, qui progressent en même temps que moi, tentent de faire le gros dos et marchent "à quatre pattes" plutôt qu'à ramper comme le veut l'armée. Le lieutenant s'en aperçoit et va les enguirlander pour des fainéants et, voilà qu'il leur met le pied sur l'arrière-train pour bien les enfoncer dans la boue ! C'est ignoble, mais je ne peux pas me faire repérer, sinon j'aurai le même sort. Et je m'applique à bien "épouser" la gadoue. Tant pis pour le fusil ! Tant pis pour l'équipement ! Tant pis pour tout ! Au plus vite c'est fini, au mieux !
Le cours terminé, le peloton, encrassé d'une teinte brune uniforme qui cache tous les grimages, rentre à la caserne d'un pas fatigué et laborieux. Chacun peste sur le boulot de nettoyage qui l'attend. Les gradés, propres et contents d'eux, semblent jubiler.
Et le baptême du feu ??? Nous eûmes droit à cet inquiétant premier défi lorsque tout le peloton était à même de ramper comme des vers de terre. C'était vital ! Cette épreuve, simple, constitue en la traversée de couloirs de terre légèrement encaissés, long d'une cinquantaine de mètres et au bout desquels plusieurs mitrailleuses sont pointées à l'horizontale vers le point de départ, de sorte que la trajectoire des balles s'effectue à un petit mètre du niveau du sol. Il nous fallait donc ramper bien à plat ventre, tandis que les balles de guerre sifflaient juste au-dessus de nos têtes.
Un exercice effrayant,, épuisant, mais unique ! Et heureux... d’être encore en vie !
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L'illustration : Bruce Bairnsfather a croqué (avec humour) un vrai baptême du feu, en 1914-18 !
19. Les journées de vaccination !
Tout milicien doit subir un vaccin contre les maladies du tétanos, de la fièvre typhoïde et du choléra. Soit, un total de six injections administrées dans le dos, en cinq jours, et ce durant les deux premiers mois du service.
On passe à l'infirmerie et torse nu devant le docteur, seul militaire habillé de blanc, voilà qu'il nous pique dans l'épaule ou dans le dos le produit “protecteur”.
Le toubib ne peut pas perdre de temps, les seringues lui sont avancées par un assistant, et ça roule : il désinfecte à l'éther, il pique, injecte et... au suivant !
Le retour en chambre se fait un à un, péniblement car le vaccin agît rapidement et douloureusement.
Mais l'armée connaît bien les effets secondaires de ses vaccins : le lendemain : jour de repos. Heureusement, car, le dos fait mal ! Je me sens fiévreux ! Impossible de prendre ma température, mais une fièvre de cheval m'assomme et me cloue au pieu.
Tout le jour au lit ! Un peu de lecture, beaucoup d'écriture : tel fut le programme de cette pénible journée, partagée par une même souffrance avec les copains de chambrée. Ce ne fut que dans la soirée que la bonne humeur fera son apparition dans la chambre : les plus gaillards se mettent à raconter les meilleures histoires de leur répertoire issu “du corps de garde”.
On passe à l'infirmerie et torse nu devant le docteur, seul militaire habillé de blanc, voilà qu'il nous pique dans l'épaule ou dans le dos le produit “protecteur”.
Le toubib ne peut pas perdre de temps, les seringues lui sont avancées par un assistant, et ça roule : il désinfecte à l'éther, il pique, injecte et... au suivant !
Le retour en chambre se fait un à un, péniblement car le vaccin agît rapidement et douloureusement.
Mais l'armée connaît bien les effets secondaires de ses vaccins : le lendemain : jour de repos. Heureusement, car, le dos fait mal ! Je me sens fiévreux ! Impossible de prendre ma température, mais une fièvre de cheval m'assomme et me cloue au pieu.
Tout le jour au lit ! Un peu de lecture, beaucoup d'écriture : tel fut le programme de cette pénible journée, partagée par une même souffrance avec les copains de chambrée. Ce ne fut que dans la soirée que la bonne humeur fera son apparition dans la chambre : les plus gaillards se mettent à raconter les meilleures histoires de leur répertoire issu “du corps de garde”.
photo : la chambrée a vaincu sa fièvre !
20. Du réveil à l'extinction des feux
Une semaine passe, la vie du troupier m'est devenue familière.
Le réveil s'opère à 5 h 30 du matin par une voix nasillarde provenant de plusieurs haut-parleurs répartis sur le parade-ground :
- "Réveil - Réveil !"
C'est l'heure, déjà ! Bondir hors du lit si tôt, au lendemain d'une journée épuisante, m'est devenu véritablement très pénible. Mais, il s'agit de ne pas traîner car...dans les minutes qui suivent, un premier appel en chambre, en position debout, s'opère par le "sergent de semaine". Cette inspection sert à repérer les soldats qui auraient osé "faire le mur" pendant la nuit pour effectuer une joyeuse petite sortie ou pour déserter ? Cela me paraissait fort improbable.
Après cet appel plus formel que réel, opération toilettes et ablutions pour tous. Chacun se presse à la salle des lavabos pour se débarbouiller la figure, se brosser les dents, se raser. En faire plus serait difficile par manque de temps, par manque d'eau chaude, par manque de douches.
Rafraîchi, tout le monde peut alors se rendre au réfectoire pour le petit-déjeuner. Tartine, margarine, confiture quelconque et café. Mon dieu, quel café. Un café qui a des relents de camphre et qui, selon la rumeur de l'époque, servait à calmer les ardeurs masculines de la troupe. Enfin, c'est ce qui se disait.
Au retour du premier repas, avant de remonter en chambre, il convenait de consulter la liste des corvées à accomplir avant neuf heures. Cela signifiait, pour trois soldats sur dix de se charger de ce des tâches “ménagères”. Nettoyer, brosser, astiquer tout ce que la compagnie utilisait en commun. Les couloirs, les chiottes, les entrées des blocs, le pourtour du parade-ground... Tout devait être "nickel" pour l'heure H, celle de la montée du drapeau sur le mât érigé au milieu de la caserne.
Le réveil s'opère à 5 h 30 du matin par une voix nasillarde provenant de plusieurs haut-parleurs répartis sur le parade-ground :
- "Réveil - Réveil !"
C'est l'heure, déjà ! Bondir hors du lit si tôt, au lendemain d'une journée épuisante, m'est devenu véritablement très pénible. Mais, il s'agit de ne pas traîner car...dans les minutes qui suivent, un premier appel en chambre, en position debout, s'opère par le "sergent de semaine". Cette inspection sert à repérer les soldats qui auraient osé "faire le mur" pendant la nuit pour effectuer une joyeuse petite sortie ou pour déserter ? Cela me paraissait fort improbable.
Après cet appel plus formel que réel, opération toilettes et ablutions pour tous. Chacun se presse à la salle des lavabos pour se débarbouiller la figure, se brosser les dents, se raser. En faire plus serait difficile par manque de temps, par manque d'eau chaude, par manque de douches.
Rafraîchi, tout le monde peut alors se rendre au réfectoire pour le petit-déjeuner. Tartine, margarine, confiture quelconque et café. Mon dieu, quel café. Un café qui a des relents de camphre et qui, selon la rumeur de l'époque, servait à calmer les ardeurs masculines de la troupe. Enfin, c'est ce qui se disait.
Au retour du premier repas, avant de remonter en chambre, il convenait de consulter la liste des corvées à accomplir avant neuf heures. Cela signifiait, pour trois soldats sur dix de se charger de ce des tâches “ménagères”. Nettoyer, brosser, astiquer tout ce que la compagnie utilisait en commun. Les couloirs, les chiottes, les entrées des blocs, le pourtour du parade-ground... Tout devait être "nickel" pour l'heure H, celle de la montée du drapeau sur le mât érigé au milieu de la caserne.
21. Une journée de routine
Les exempts de corvées disposaient alors d'un temps libre appréciable pour exécuter la première obligation élémentaire du soldat-milicien : faire son lit au carré ! Même à ce propos, les sergents instructeurs avaient pris un malin plaisir à enseigner la bonne façon de plier les draps et couvertures, bien tendus sur le matelas, sans qu'aucun faux pli n'apparaisse. Sinon, lors d'une inspection -surprise éventuelle dans la journée, la mise en ordre du couchage était à refaire, avec, à la clef, une bonne réprimande ou une mise au rapport avec punition : des jours de corvées !
J'avoue que les débuts de cette mise en forme règlementaire de mon couchage m'était assez agaçante mais, par la suite, l'habitude aidant... "faire son lit" ne me demandait qu'une petite minute !
Après quoi, chacun disposait de quelques instants de répits encore pour écrire à la famille ou à la chérie, lire un roman-feuilleton, astiquer les bottines, étudier la théorie des cours d'armement, recoudre un bouton manquant...
De neuf à midi, l'instruction suivait son cours par des "heures" de théorie, d'exercices, de drill, de sport... interrompues systématiquement à 10 heures 15, par un quart d'heure de "break".
A midi, une interruption d'une bonne heure coupait la journée. Un repas chaud, sans façon mais mangeable, se prenait au réfectoire qui voyait chaque fois une longue file se former pour un self-service. Les cuisiniers y allaient franchement de leur louche pour remplir les assiettes : patates, saucisses, fayots à la sauce tomate ! Les menus étaient plus insipides que délicieux. Mais, quand l'estomac crie famine, tout est bon !
Sorti de table, chacun se devait d'assurer la vaisselle de son assiette et son couvert dans d'immenses bacs en béton remplis d'eau chaude vite transformée en un jus de chaussette gras, nauséabond et pour la fin, franchement répugnant. Mais, "à la guerre comme à la guerre" se disait-on !
L'instruction reprenait dès 13 h 30 par des cours toujours aussi variés nous imposant, chaque fois, des tenues différentes au point de changer neuf fois de tenue sur une journée !
22. En attendant l’extinction des feux
Ce n'est qu'en fin d'après-midi que la journée d'instruction se terminait ponctuée par un grand et silencieux "ouf" soufflé par toute la troupe. Vite, chaque milicien pouvait, à partir de ce moment quitter la caserne, en tenue de sortie impeccable pour aller se balader en ville. D'autres préféraient y rester pour aller voir "Spartacus" ou "les Boucaniers" projetés dans la salle de cinéma ou aller regarder à la télévision noir et blanc des émissions comme "Cinq colonnes à la une" ou "la Piste aux Étoiles".
Tout miliciens, dès le début, tenaient à dessiner sur une grande feuille A3 de papier quadrillé, la fameuse "croix funéraire de la démob" qui comprenait 365 cases numérotées dans un ordre décroissant. Cette illustration servait de "calendrier à rebours" et indiquait, pour chaque lendemain matin, le nombre de journées encore à passer sous les drapeaux. Lorsque le nombre 100 était atteint, l'impatience aidant, certains soldats s'accrochaient à l'intérieur du béret un mètre-ruban qui diminuait d'un centimètre par jour. Ainsi, il leur était toujours possible de dire à n'importe quel moment de la journée, : "Combien demain matin ?". Bref, un décompte “encourageant” qui à la longue procurait une grosse langueur !
A la cantine, où derrière le comptoir quelques jeunes dames officiaient pour servir les boissons, les miliciens apprennaient à boire, à chanter, à fumer, à faire la bringue ! Tout cela à un prix dérisoire... puisqu'à l'armée, ni l'alcool ni le tabac n'étaient taxés. Comme je n'étais pas très "bière" et que le coca me semblait trop sucré, j’ai péféré le jus de raisin !
Et les autres ? Beaucoup de miliciens préféraient rester en chambre, couchés sur leur pieu pour trouver, un retour au calme et une détente salutaire par l'envoi de lettres d'amour, par la lecture d'un bouquin ou par un sommeil réparateur si le calme en chambrée le permettait. Seulement, peu avant 22 heures, le retour des "guindailleurs" ne se déroulait pas toujours dans le respect du silence dû aux endormis.
22 h 30. Les haut-parleurs annonçaient "Extinction des feux". Toutes les lumières devaient s'éteindre. Rapidement, le silence planait dans la caserne. Jusqu'au moment inattendu où un voisin de chambre laissait s' échapper par inadvertance une bruyante flatulence qui réveillait tout le monde.
Rire général ! Plus personne n’avait envie de dormir, et un autre répertoire de blagues salaces s’ouvrait jusqu'aux petites heures de la nuit.
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Paul, Polo et Mandrill m'empêchaient de dormir !
23. Retour à l'école...
Les séances de drill à défiler et les heures de tactique sur le terrain sont maintenant devenues occupations bien routinées.
Un tiers du temps "de travail" du CSOR consiste aussi en l'étude théorique du matériel militaire, son mode d'emploi, les soins à y apporter et les mesures de sécurité à respecter.
Moi qui me réjouissais, deux ans plus tôt, de pouvoir quitter les bancs de l'école, et particulièrement ceux du Collège St-Henri de Comines, et de ne plus avoir à "étudier par coeur" du vocabulaire, des définitions, des théorèmes, des dates historiques.... dans les matières aussi intéressantes qu'étaient le français, les langues, les maths, la physique, l'économie... me voilà servi.
Il m'a fallu retourner en classe, pour assister durant des heures et des heures, toutes aussi ennuyeuses les unes que les autres, à des cours dispensés par les sergents instructeurs pas toujours très pédagogues.
Le F.A.L., autrement dit le "fusil automatique léger", ce fameux fusil qui était presque plus précieux aux yeux de l'armée que la vie d'un homme, fût l'objet des premiers cours.
Description : le canon, la détente, la crosse, le talon de crosse, le viseur, le percuteur, la chambre à gaz, la culasse, le chargeur... Il fallait pouvoir en réciter toutes les parties avec leurs particularités : que le bouchon de la chambre à gaz peut se fixer selon deux positions : la position A pour le tir automatique et la position GR pour le tir de la grenade Energa. etc, etc....
Une litanie de définitions et caractéristiques qu'il nous fallait bien mémoriser avant de procéder à l'apprentissage du démontage et du remontage de l'arme selon un ordre très précis et...en un minimum de temps.
Cet habile maniement de l’arme, avec toute la dextérité exigée par les sergents nécessita un entraînement mille fois répété, accompagné bien sûr d’humoritiques sarcasmes quand une pièce coinçait et empêchait la suite de l'opération. Lorsque le geste mécanique fut bien connu : rebelote... les yeux bandés car...
- "Vous devez être à même de pouvoir dépanner votre fusil, dans l'obscurité !"
C'est vrai, ça !
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Photo empruntée à la Fraternelle que je remercie
24. Echec à l’examen !
Après le F.A.L., ce fut au tour de la grenade de faire l'objet de tout un cours. Encore un gadget dont je me méfiais. Je n'ai jamais aimé ces armes à feu qui peuvent vous péter dans la gueule !
Comment transporter les grenades ?
Comment dégoupiller ?
Comment lancer la grenade ?
Quand explose-t-elle
Comment s'abriter avant l'explosion ?....
Combien pèse-t-elle ? etc. etc
De la théorie, encore de la théorie !
J'assistai aux cours, en curieux mais sans passion. Juste pour connaître un peu plus le fonctionnement de cet armement de guerre. En mémoriser les détails techniques ? Vraiment, je ne pouvais pas me captiver par ces matières. Même si en fin de semaine, un petit examen écrit nous était proposé.
Le commandant de peloton nous avait prévenu qu'une sanction tomberait sur tous ceux qui prendraient ces interro, par dessus la jambe.
- "Ceux qui n'obtiendront pas le moitié des points, verrons leur prochaine "permission" supprimée !"
-"Pfff..." me dis-je ! Mon frère qui attendait sa mutation vers une autre caserne m'avait averti : "Ils ne vont jamais la supprimer, la permission. Ils nous avaient dit cela aussi et ils ne l'ont jamais fait !"
Confiant de ce témoignage fraternel, je me résolus à ne potasser par coeur tous ces termes, définitions et caractéristiques militaires.
Le jour du premier examen, je me présentai tout relax. Aux différentes questions, je crus pouvoir répondre à toutes ! A peu près à toutes.... ou bien... approximativement près de la bonne réponse.
Mais à l'armée, on ne tergiverse pas avec les théories et les règlements. Si mon fusil pèse au gramme près 4 kg 675 grammes, la réponse de 4 kg 765 est fausse !
Lors de l'annonce des échecs de cette première interrogation, mon nom fut cité ! "Aie...Aie" ma "perm" sera supprimée ! Ou peut-être pas, espérais-je !
- "Soldats, sur les trente feuilles d'interrogations, 14 n'ont pas reçu la moitié des points. La permission de ses candidats-là est supprimée pour le week-end prochain !"
Patatras ! Le monde s'anéantissait autour de moi ! Et ma dulcinée qui espérait revoir son petit soldat, je vais devoir lui écrire que je ne reviendrai pas ! Quelle déception
-"Pfff..." me dis-je ! Mon frère qui attendait sa mutation vers une autre caserne m'avait averti : "Ils ne vont jamais la supprimer, la permission. Ils nous avaient dit cela aussi et ils ne l'ont jamais fait !"
Confiant de ce témoignage fraternel, je me résolus à ne potasser par coeur tous ces termes, définitions et caractéristiques militaires.
Le jour du premier examen, je me présentai tout relax. Aux différentes questions, je crus pouvoir répondre à toutes ! A peu près à toutes.... ou bien... approximativement près de la bonne réponse.
Mais à l'armée, on ne tergiverse pas avec les théories et les règlements. Si mon fusil pèse au gramme près 4 kg 675 grammes, la réponse de 4 kg 765 est fausse !
Lors de l'annonce des échecs de cette première interrogation, mon nom fut cité ! "Aie...Aie" ma "perm" sera supprimée ! Ou peut-être pas, espérais-je !
- "Soldats, sur les trente feuilles d'interrogations, 14 n'ont pas reçu la moitié des points. La permission de ses candidats-là est supprimée pour le week-end prochain !"
Patatras ! Le monde s'anéantissait autour de moi ! Et ma dulcinée qui espérait revoir son petit soldat, je vais devoir lui écrire que je ne reviendrai pas ! Quelle déception
25. De piquet, à la caserne !
Ce dernier week-end de février 1965, alors que j'aurais dû le vivre avec bonheur dans mon village, je fus contraint de le passer à la caserne,.. avec d’ autres punis pour mauvais résultats à la 1ère interro.. C'est dire l'ambiance révoltée qui nous animait ! Encore une raison pour commencer à faire le compte à rebours des jours qui nous séparaient de cette tant attendue "démob".
Et, pour corser notre privation de "permission", nous fûmes en plus, choisis pour "être de piquet".
De piquet, c’est quoi ? On peut comparer cette fonction à celle du... "planton" dans le civil. C'est-à-dire être à la disposition du commandement du Bataillon au cas où celui-ci aurait besoin d'une aide immédiate en hommes. Il nous était donc interdit de quitter les bâtiments de la compagnie afin de pouvoir répondre immédiatement "présent" à l'ordre lancé par les haut-parleurs :
- "Rassemblement - Piquet "
Aussitôt, et en tenue d'exercice, (béret, veste de smoke, pantalon de toile, ceinturon, guêtrons) il fallait rejoindre au pas de course, le lieu de rassemblement prévu sur le "parade ground" pour attendre l'officier de garde. Celui-ci arrivait alors pour nous inspecter, nous compter les présences et... souvent, nous renvoyer en chambre ou vers la cantine après les sempiternelles séquences de "drill". Somme toute, un rassemblement qui ne servait à rien mais organisé uniquement pour vérifier la rapidité et la disponibilité du peloton de piquet, et ce, plusieurs fois sur la journée, à n'importe quelle heure.
Le rôle des "piquets" changeait chaque semaine et devait être à même d'apporter un renfort là où c'était nécessaire : dans une corvée, dans un boulot, dans une garde, dans un transport. et ce pour le bon déroulement et la sécurité de la caserne. Mais souvent, le piquet passait l'essentiel de son temps à la vaisselle des marmites à la cuisine-troupe.
Parmi ces occupations bien peu valorisantes qui nous furent imposées, je me souviens de cette importante mission que nous, les jeunes gens du piquet avions dû assurer : Ressuyer des centaines d' assiettes à l'aide d'un essuie vaisselle grand comme un drap de 2 m. Un travail bâclé mais qui nous dérida, assurément !

Avec beaucoup d'auto-dérision, j'imagine que j'aurais pu être comme Sad Sack, planté comme un piquet, en attendant.....
26. Les chahuts en chambres !
Heureusement, la vie militaire, malgré ses épisodes d'agacements ou de corvées offre au fil des jours, quelques parties de plaisir aussi inoubliables qu'inénarrables.
Je me souviens de ce soir-là, où notre chambrée supporta mal l'air suffisant qu'affichait un milicien un peu maniéré à l'idée de pouvoir échapper à son devoir de milice, en se faisant passer pour "malade" à tel point que le médecin de la caserne décida de l'envoyer, dès le lendemain, à l'Hôpital Militaire. Fini donc pour lui, le drill, les corvées, les exercices... Vive la vie peinarde du bon petit carottier planqué sur sa paillasse, fusse-t-elle à l'hôpital.
Je me souviens de ce soir-là, où notre chambrée supporta mal l'air suffisant qu'affichait un milicien un peu maniéré à l'idée de pouvoir échapper à son devoir de milice, en se faisant passer pour "malade" à tel point que le médecin de la caserne décida de l'envoyer, dès le lendemain, à l'Hôpital Militaire. Fini donc pour lui, le drill, les corvées, les exercices... Vive la vie peinarde du bon petit carottier planqué sur sa paillasse, fusse-t-elle à l'hôpital.
Ce gars passait donc sa dernière nuit à la caserne.
Ensemble, dans notre chambre, lorsque l'extinction des feux avait été imposée, il nous vint l'idée saugrenue d'aller "virer" pendant son sommeil, le soi-disant soldat souffrant.
23 heures 30. A pas de loups, nous sortîmes de notre chambre pour aller dans le plus grand silence, se poster devant la chambre de notre future victime. Soudain, dans un mouvement brusque et bruyant, nous fîmes irruption, et passâmes à l'acte. "Virer quelqu'un", en jargon militaire, signifie : mettre son lit à la verticale de sorte que l'endormi se retrouve la tête en bas, coincé entre le mur et son sommier ! Une position bien inconfortable qui nous permettait de rejoindre notre chambre... ni vu ni connu ! J'admets aujourd'hui, que la blague n'était pas de très bon goût mais vu les circonstances et l'âge que nous avions, je ne regrette aucunement ma participation à ce genre d’opérations.
Voici un autre exemple : "l’opération verco" qui consiste, pour notre chambrée, d'aller "clouer le bec" à un soldat voisin un peu trop embêtant. Alors, l'air de rien, nous allions, en soirée, tenir un brin de causette dans une chambre voisine, lorsqu'au fil de la discussion, nous passions de la parole au geste. A trois ou quatre, on saisissait le "copain en pijama" pour l'amener de force dans notre chambre, et là, quelqu'un se chargeait de lui barbouiller le visage, et souvent le pubis aussi, de cette pâte verte servant au camouflage.
Là ne s'arrêtait pas la plaisanterie, lorsque notre victime se rendait au "lavoir ", pour se nettoyer,... on prenait un malin plaisir de l'accompagner comme... spectateurs.
Ces opérations ne se déroulaient pas sans risque : ces petits commandos pouvaient se transformer en véritables mêlées de rugby, chambre contre chambre, pour réussir à "capturer" une autre victime à qui le même sort était réservé
27. C’est quoi, ce potin ?
Je me souviens aussi d'un chahut tranquille mais énervant animé par mon copain de chambre Jean-Pierre D. qui, après l'extinction des feux, lorsque toute la compagnie cherchait son sommeil, il lui prenait l'idée de donner des coups réguliers avec la crosse de son fusil sur le tuyau du chauffage central. Le bruit se transmettait inévitablement à travers tout le bloc provoquant la colère des gens qui voulaient dormir ! Dès qu'un mouvement de protestation s'amorçait dans le couloir, Jean-Pierre cessait son martèlement pour, tout comme nous, faire semblant de rouspéter ou de dormir !
Quelle affaire et quelle enquête, le lendemain, pour découvrir le troublion !
L'esprit d'équipe de notre chambre n'a jamais failli et le coupable ne fut jamais repéré !
Aujourd’hui, en 2020, j’ai bien le droit de révéler l’identité du chahuteur, auteur de ce tapage nocturne qui empêchait toute le compagnie de s’endormir.
28. Jouer aux soldats !
En quatre mois d'instruction pour le grade de sous-officier de réserve, les cours de tactique militaire n'ont absolument pas diminué. Il nous fallait devenir de téméraires sergents connaissant toutes les finesses de l'attaque offensive et de la position défensive, car la vie des dix hommes de la section dont nous étions "chef" en dépendait.
Harnachés de tout le barda des "para", maquillés de vert et noir, camouflés d'herbe coincée sous le filet du casque, nous partions presque chaque jour sur le terrain pour appendre et s'entraîner au maniement des armes, pour passer à l'attaque de l'objectif, pour indiquer aux hommes la position d'un '"ennemi", pour franchir les obstacles, pour couvrir la progression d'une section de fusiliers d'assaut,... etc...etc.
Le maniement des armes ? J'ai le souvenir de l'apprentissage du lancer d'une grenade offensive; cette lourde boule d'acier grosse comme une orange et qui, une fois dégoupillée, ne peut plus être lâchée sinon elle explose dans les 7 secondes. Le sergent instructeur, fort sérieux avec ce genre d'engin explosif, nous faisait ânonner :
"un : dégoupiller de la main gauche la grenade fermement maintenue de la main droite
deux : d'un geste ferme et puissant du bras tendu, la lancer vers l'objectif
trois : se planquer derrière un talus servant d'abri.
quatre : se protéger, compter et attendre l'explosion”
Mais d'éclatement, jamais il n'en eut. L'important résidait dans les gestes et surtout l'atteinte de la cible. Pour le reste : rien ! J'avais l'impression de lancer très loin un gros caillou. Par contre, si l'on m' avait donné une vraie grenade qui pouvait me péter dans la gueule, j'avoue que j'en aurais tremblé de trouille.
29. En tirailleur...
L'attaque en tirailleur ? Cet exercice fatigant et difficile à exécuter en équipe nous donnait l'impression de plonger dans No-mans-land (ma région !) lors de la guerre 14-18 quand les soldats fonçaient sur l'ennemi pour reprendre le contrôle de la tranchée adverse.
"A l'assaut", fallait-il gueuler vers les copains qui jouaient le rôle de fusiliers d’assaut. Sans conviction, ils devaient se lever d'un bond et courir, déjà épuisés par la répétition, sur une courte distance. "En tirailleur" signifiait l'inverse de "file indienne".
- "Voici pourquoi ne jamais progresser en file indienne ? : il suffit d'une rafale de mitraillette ennemie pour que vous soyez tous morts !" nous commentait le sergent-chef convaincu de l’ efficacité de cette théorie militaire d’un autre âge.
30. “Bien, mon Lieutenant !”
"Faire feu sur l'ennemi" ! Ah cette leçon, je l'ai encore bien en mémoire, parce qu'elle me valut une mémorable appréciation peu flatteuse de la part du chef de peloton Empain. A l'armée, les ordres donnés aux fantassins doivent être brefs et précis, ceci pour faciliter la compréhension de tous !
Ainsi, nous étions en exercice sur la plaine de manoeuvre aux environs de la Croix de Frassem, près d'Arlon. Quand vint mon tour, l'officier m'ordonna d'indiquer aux hommes de ma section qu'un mitrailleur ennemi était embusqué à un endroit précis de l'horizon et qu'il fallait le mettre hors d'état de nuire par un tir groupé.
Théoriquement, il eut fallu que je dise aussi succinctement : "Fusiliers, avant, 200, pylône, à droite, deux doigts, bosquet, à droite, petite croix, ennemi, FEUX "
Quel embarras ! M'adresser à mes soldats de cette manière aussi impersonnelle et nullement motivante n’était et n’est toujours pas mon tempérament. Mon naturel plutôt amical m'incita à rendre cet ordre plus acceptable pour les copains-soldats.
Aussi, de ma forte voix, je me mis à les appeler :
- "Eh, oh, soldats, approchez, abritez-vous,
voyez-vous, là-bas, devant, à 200 m, le pylône haute tension ! Oui, tout le monde voit ?
A droite du pylône, il y a un bosquet ! et à côté, encore à droite, une petite croix. Voyez-vous cette croix ? Oui ? Et bien là, un ennemi se cache avec une mitrailleuse. On tire tous en même temps. Placer la hausse du fusil à une distance de 200 m,... prêts ? Attention : Feux !"
Misère !... qu'avais-je fait là ? Le lieutenant se leva, furieux de mes ordres :
-" Mais De Witte, vous vous croyez où ? A la foire ? Vous êtes nul ! L'armée ne peut rien faire avec un tempérament comme le vôtre !"
Cette appréciation, que je trouvais vraiment injustifiée, provoqua un rire unanime du peloton. Mais... à l'armée, on apprend aussi à la boucler. Ce que je fis.
Cet intermède ne s'arrêta pas là : en conséquence, j'eus la désagréable surprise de me voir refusé mes deux premiers galons de "caporal" normalement acquis près quatre mois d'instruction.
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Le regretté Cabu n'aimait pas l'armée. Néanmoins, j'admire toujours ses dessins expressifs.
31. Les tests des para-commandos
Le 11 mai 1965, l'instruction programmait un séjour à Marche-les-Dames (là où le roi-alpiniste Albert 1er s'est tué en chutant d'une falaise) pour y passer les tests des para-commandos. Tous les sergents de l'infanterie devaient en effet satisfaire les mêmes épreuves qui visaient surtout à tester l'audace et le sens du risque des candidats.
L' entraînement physique des mois précédents nous avait suffisamment préparés et mis en condition pour venir à bout de ces tests.
La première épreuve, matinale, se déroula sur un "dinghy", ce fameux petit bateau gonflable constitué d'un gros boudin de caoutchouc en forme ovale. On nous envoya sur les bords de la Meuse, bien large dans cette région. La mission se jouait par équipe de sept hommes : amener le canoë en le trinqueballant sur la tête, le mettre à l'eau, y grimper dedans et traverser la rivière. Nous n'avions que quelques rames à notre disposition. Si la technique paraissait simple, elle nous réserva bien des surprises. L'embarquement rapide et chronométré nous contraignait déjà à courir dans l'eau jusqu'aux genoux pour ensuite se hisser sur ce gros boudin de caoutchouc en tentant de nous y asseoir, les pieds à l'intérieur. Ensemble, en cadence, aux cris de "in, out, in, out" hurlés par un "capitaine-barreur", nous devions ramer bien en rythme pour atteindre l'autre rive, sachant que le courant de la Meuse déportait énormément l'embarcation. Ce fut un exercice physique épuisant et interminable ! De plus, par notre poids posé sur cette chambre à air, le "dinghy" prenait l'eau si bien que le remous le remplissait petit à petit tout en nous mouillant généreusement le derrière ! Au bout de centaines de coups de rames, nous réussîmes à gagner le point convenu à l'autre rive du fleuve. Voilà une belle épreuve qui nous procura bien des rires et un profond sentiment de solidarité tout en renforçant l'esprit d'équipe !
L'après-midi, nous allions tester notre réaction face au vertige par différentes épreuves .
Le "pont de singe"! Quelle peur ai-je dû surmonter ? Deux grosses cordes, tendues à l'horizontale parallèles et l'une au-dessus de l'autre, relient à une hauteur de 40m du sol, deux arbres distants d'une vingtaine de mètres. Évidemment, il fallait franchir de "pont de singe" en s'agrippant des mains à la corde du dessus, en glissant des pieds sur celle de dessous. Une progression lente qu'il fallait exécuter selon un mouvement cadencé avec les jambes et les bras. Par sécurité, un baudrier qui me serrait le bassin était relié par un mousqueton à la corde supérieure. Heureusement ! Sinon, aurais-je osé m'aventurer entre ces cordes, au-dessus du vide ? Le vertige ne m'effrayait pas trop, mais, par prudence, je préférais y aller lentement mais sûrement !
Arrivé de l'autre côté du ravin, la même satisfaction s'affichait sur tous les visages : avoir osé et l'avoir fait !
33. On n’y voyait rien, dans ce souterrain !
Le lendemain, le programme nous proposait l'épreuve d' "Agadir" c’est-à-dire une marche à l’aveugle, dans un labyrinthe plongé dans une obscurité totale.
J’ignorais évidemment tout du lieu qu’on allait nous y amener: au Fort de Dave, un des neuf forts composant la position fortifiée de Namur établie à la fin du 19e siècle en Belgique. Ce fort fut construit de 1888 à 1892 selon les plans du général Brialmont. (Merci Wikipedia)
N'ayant rien pu voir de mes propres yeux, cela devait ressembler à un très long couloir encombré d'obstacles invisibles : un escalier qu'à tâtons je devine, une échelle de corde à monter. Tantôt, le plafond de cette galerie baissait subitement de 50 cm, je m'en cognais la tête protégée par mon casque.
Tantôt, le sol dur et accidenté devenait boueux puis inondé, pour nous faire patauger dans l'eau jusqu'aux genoux !
Tantôt, la largeur du couloir s'agrandissait et je ne pouvais plus en tâter les parois. Cela me désorientait au point de ne plus savoir le sens de ma course ! Où suis-je, ici ! Boum !
- “Qu'est-ce que c'est ? Un éclair !” me dis-je. Dans le noir on n'y voit rien, sauf l'explosion d'un gros pétard. En inspectant à l'aveugle les murs et en devinant leurs aspérités, soudain, je sentais une ouverture qui devait être un genre de sortie de soupirail. C'était la seule issue. Toujours dans l'obscurité, il me fallut gravir l'obstacle haut d'un mètre et poursuivre la progression aveugle en rampant sur une longue distance. La position debout n'était pas possible. Après une "certaine" distance, j'ignore combien, une légère lueur commença à poindre dans le fond de ce trou noir. En m'approchant, je reconnais les échelons d'une échelle. Ouf ! Lumière !
Épuisé, il me restait toutefois encore suffisamment de forces pour la gravir et retrouver l'air libre... sous le regard accueillant du lieutenant et des instructeurs.
Essoufflé, les yeux plissés pour filtrer l'abondance de lumière, je me sentais horriblement heureux d'être sorti de cet interminable souterrain. Voilà une belle épreuve qui valait bien la peine d'être vécue.
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Photo empruntée à l'internet dont j'ignore l'auteur.
Mais... il n'y a avait pas de lumière... alors, imaginez....
34. En se balançant dans le vide
La "descente en rappel". Un bel exercice que l'on ne fait pas dans le civil. Il s'agissait d'abord de gravir un rocher à pic grâce à une échelle en corde. Là-haut, il fallait alors redescendre se laissant glisser dans le vide le long d'une corde, tout en rebondissant légèrement sur la paroi. Ce test m'a fortement impressionné ! S'approcher doucement du bord de la falaise pour y jeter un regard vers le bas était suffisant pour renoncer à l'exercice. Mais ce désistement risquait de m'éjecter définitivement de la montée en grade. Il fallait coûte que coûte y passer au prix de vaincre son vertige. "C'est à moi ! Attention !"
Bien resserrer le mousqueton autour de la corde, répéter une dernière fois le geste de la main droite qui, tout en pliant le coude, libère la descente ou la stoppe !... Bon, on y va ! Le dos face au vide je recule à petits pas. ! Mes pieds touchent le bord du rocher. Je dois laisser mon corps basculer vers le vide pour me suspendre à la corde ! Prudent, je me positionne maintenant à l'horizontale contre la paroi verticale de la falaise. L'effet est saisissant ! Un tout petit bond et je deviens un balancier ! En même temps, dans ma nerveuse je desserre la corde et je descends d'un seul coup de deux mètres, comme une araignée à son fil. L'agréable sensation me fait recommencer ce petit bond ! Deux fois, trois fois... Stop ! Je touche déjà terre... mes pieds sentent le plancher des vaches. "Wouaw... c'est vachement dingue" Dommage, personne ne pourra recommencer le test trop fun !
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Sur la photo, c'est mon copain de chambre Jean-Pierre D, qui descend en rappel.
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Sur la photo, c'est mon copain de chambre Jean-Pierre D, qui descend en rappel.
35. L’apothéose de Marche les Dames
Enfin, le test le plus grisant fut celui du “Death ride” ! Cet exercice, le dernier et le plus impressionnant, consistait à sauter dans vide, suspendu à une grosse corde inclinée à 45° ! Au bout de deux jours, j'avais acquis plus de confiance pour vaincre la peur. Allègrement, quand ce fut à mon tour de sauter, je bouclai l'anneau métallique, j’empoignai fermement les poignées fixées au mousqueton, pris ma respiration : une, deux, trois et hop... le saut dans le vide ! Ca y est... je me prend pour un oiseau, ma tête coincée entre les biceps, je regarde rapidement en haut, en bas, à gauche, à droite... Mais dommage, le sol se rapproche si rapidement que je n’ai pas le temps d'admirer le paysage ! La vitesse, le vent, le tremblement lors du freinage : que de sensations inoubliables !
Vraiment, Marche-les-Dames, est resté pour moi l'un des plus beaux souvenirs de mon service militaire !
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Dernière photo empruntée au blog de Marc Para. Merci
36. Retour à la carte, à la boussole et... à la belle étoile !
Vraiment, Marche-les-Dames, est resté pour moi l'un des plus beaux souvenirs de mon service militaire !
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Dernière photo empruntée au blog de Marc Para. Merci
36. Retour à la carte, à la boussole et... à la belle étoile !
Mais ce n'était pas fini. Pour le retour vers Arlon...un train nous attendait à Ciney le lendemain... à une trentaine de kilomètres d'ici, à boucler à pieds ! Ceci consistait donc la dernière épreuve : l'orientation par lecture de carte et la résistance face à la fatigue. Munis d'une boussole et d'une carte militaire, nous partions par groupe de trois hommes pour atteindre le point de rendez-vous où, épuisé, nous avons pu enfin essayer de dormir... à la belle étoile. Ai-je fermé l'oeil ? Je me souviens que de 2 à 3 heures du matin, j'étais désigné comme... sentinelle. Toute la surveillance du campement reposait sur donc mes épaules : rien de suspect à signaler !
Lorsque le soleil apparut à la fine pointe de l’aube, les paupières et nos membres montraient de vrais signes de fatigue. S’endormir à ce moment-là était trop tard. Il fallait plier bagage, reprendre nos cliques et nos claques, et... reposer la boussole sur la carte bien orientée vers le nord.
- “C’est par là....” Et nous voilà repartis pour boucler les derniers kilomètres qui usaient la semelle de nos souliers....
37. L'instruction, toujours l'instruction
Nous étions donc appelés à devenir des "sergents" aux commandes d' une section de 10 hommes, dont un caporal et neuf simples soldats, ou fantassins de 1ère ligne. Autrement dit : les malheureux et courageux bonshommes du front qui doivent "nettoyer le terrain" après le passage des tanks blindés, eux-mêmes précédés d'un copieux bombardement de l'objectif à prendre ! Une très belle théorie militaire issue des conclusions tirées “d’après-guerres”.
Pour mériter cette responsabilité à propos de la vie des gars de la section, il nous fallait tout connaître de l'appareillage militaire.

Ainsi les journées se succédèrent à un rythme effréné de théorie et de pratique sur l'étude des transporteurs d'hommes : l' AMX ou le FullTrack, deux gros véhicules blindés chenillés servant à transporter, en tout terrains, nos vaillantes sections. J'en étais même devenu... un excellent mécanicien de maintenance !
Puis ce fut aussi la découverte de la toute grosse mitrailleuse Point 50. Il fallait être deux pour la mettre en batterie : un mitrailleur et un autre préposé pour faire avancer la bande de munitions : des cartouches comme un cigare de Churchill.
La trigonométrie ! Même cette science, que j'aimais beaucoup au Collège, a fait partie de notre instruction : l'étude de la trajectoire d'un obus pour qu'il atteigne son objectif : un vrai calcul de savant.
Le Drill ! Ce sacro-saint entraînement de marche rythmée, bien exécutée et bien commandée par un sergent fort au gueule, se présente somme toute comme un exercice vachement divertissant pour la troupe ! Toutes les évolutions du peloton étonnent quand elles réussissent !
Les séances de tir à balles de guerre ! Elle furent hélas peu fréquentes ! Pour quelles raisons ? Je l'ai toujours ignoré ! Mais, déjà à cette époque, il ne fallait pas gaspiller les cartouches.
38. Fichtre... je suis de garde !
Aux valves de la compagnie, il m'appartenait d'aller voir si tel ou tel jour j’étais de "piquet" ou... de "garde".
En tenue de parade impeccable, bottines cirées, fusil astiqué et non huilé, casque léger sur la tête, il nous fallait être présents au Corps de Garde un quart d'heure avant l'heure de la relève de la garde qui se déroulait à 15 heures précises.
Selon un exercice de drill bien minuté, l'équipe de garde "descendante", c'est-à-dire celle qui terminait ses 24 heures, transmettait sa responsabilité à la section "montante".
Une procédure gestuelle machinalement répétée chaque jour à la même heure, sous les yeux de l'officier de garde, en suivant les ordres donnés par deux sous-officiers. A commencer par celui qui descend qui crie les premiers commandements :
- Garde à... Vous !
- Reposez... Armes !
- Portez... Armes !
- Présentez... Armes !
- Reposez... Armes !
Puis, on recommence le tout, sous les ordres du sergent de garde qui commence la journée
Les deux équipes de sept soldats se font face à face :
- Portez... Armes !
- Présentez... Armes !
- Reposez... Armes !
- Portez... Armes !
- A gauche... gauche !
- En avant... marche.. !
Sans autres congratulations et civilités, les deux équipes de garde se séparent maintenant.
Une fois entré à l'intérieur du Corps de Garde, le sous-off responsable du bon déroulement de la Garde répartit les rôles en tranches de deux heures. Qui commence ? Le hasard tombe sur moi.
Avec un autre soldat milicien désigné par le sergent, nous partons, au pas, accompagné d'un caporal vers la 1ère guérite à quelques 300 m... dans un coin perdu de la caserne où seuls, quelques lièvres gambadent joyeusement. Arrivés là, la même petite cérémonie militaire recommence avec la sentinelle qui restera à cet endroit durant deux heures d‘affilée. Puis, avec le caporal, nous voilà partis encore plus loin, de l'autre côté du dépôt de munitions, où il n'y a là, pas âme qui vive ! Rebelote avec les présentations d'armes. Sans aucun témoin... cela fait théâtral à huis clos. Après ces nécessaires saluts militaires, le caporal retourne au Corps de Garde, en me laissant seul devant ma guérite. Cet abri en bois, juste assez grand pour s'y tenir debout, ne peut servir qu'en cas de grande pluie. Et de plus, il est strictement interdit de s'y asseoir, d'y lire, ou d'y somnoler debout ! Non, la place de la sentinelle se situe sur le chemin de ronde. Il entoure les immenses talus de terre recouvrant des abris bétonnés à l'intérieur desquels, paraît-il, sont entreposées les munitions de toute la caserne.
Durant cent vingt minutes, je vais, je viens, je fais toujours les mêmes allées et venues avec l'arme déchargée sur l'épaule. J'examine les abords des hangars, j'observe la clôture barbelée, je scrute l'horizon en espérant n'y apercevoir personne. Sinon, que faire ??? Suivre les instructions :
- "Qui va là ?"
- "Halte !"
Après trois sommations, aurais-je eu le courage de faire feu ??? Même avec des balles à blanc ?
Heureusement, tout est calme dans mon coin et les aiguilles de ma montre semblent ne pas vouloir avancer !
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Pour illustrer cette note, je reprend le "présentez arme" devant le Roi, passant en revue le peloton dans lequel la princesse Elisabeth est présente.
Deux heures se sont écoulées, je vois là-bas le caporal qui revient avec un autre soldat casqué qui va prendre ma relève. Le cérémonial militaire de la relève de la garde commence déjà à perdre de sa ferveur ! Qu'importe, je peux rentrer au poste, et là, un "pieu" m'attend où je pourrai m'étendre et y dormir, si possible, pendant deux heures. Après quoi, je deviens "piquet" pour une paire d‘heures, c'est-à-dire rester sur place, en tenue, prêt à intervenir. Heureusement, pour passer le temps, on peut lire, écrire... J'en ai rédigé des lettres durant ces moments-là. (Elles m’ont d’ailleurs, entre autres, permis d’accoucher sur votre écran l’histoire vous lisez régulièrement : “LA VIE FACILE DU SOLDAT EN TEMPS DE PAIX !”)
J’avais pris la première garde à 15 heures. Il est maintenant 21 heures : je dois aller me reposter, là-bas, où rien ne se passe. Autour des “munitions”, la nuit tombe toujours en silence. La fraîcheur nocturne s'installe et rend le métal de mon fusil excessivement froid et pénible à tenir. J'ai oublié mes gants. Zut. Le vent, qui chasse les nuages, provoque un bruissement suspect dans les arbres. Mes oreilles se tendent. Mes yeux se mettent aux aguets. La lune semble me sourire en me tenant compagnie dans une lueur blafarde. Je ne peux m'empêcher de penser : "
Qu'est-ce que je fous ici ?" Mais je continue d’aller et de venir durant ces deux heures de sentinelles.
Trois heures du matin, après mon repos et on piquet, je suis à nouveau là, à me balader... solitaire pensif devant ces inquiétants bâtiments enterrés dont j'ignore ce qu'ils renferment exactement, sauf... que ce n’est que du matériel qui sert à tuer ! Ça me donne aussi l'occasion de méditer sur la stupidité des guerres ! En levant les yeux vers le noir céleste, ma méditation s’interrompt grâce à la lune qui a changé de place, c'est le signe que la Terre tourne et que l'heure avance. Bientôt le jour se lèvera, et, dès l'aube, on viendra pour me remplacer! J'aspire, car j'ai les paupières lourdes. Il est passé quatre heures du matin. Chez moi, tout le monde dort ! A la caserne aussi, Et je suis toujours là dans ce dépôt de munitions où rien ne se passe !
A neuf heures du matin, j'entamerai mon dernier rôle de garde pour arpenter le chemin de ronde autour du dépôt. Mon impression vient de changer : un jour nouveau s'est créé, le ciel rougeoyant m'a rendu optimiste. Subitement, voilà un moineau qui vient près de moi et sautille de branche en branche... comme pour me narguer de sa présence. Mais non, il est venu là pour briser mon ennui !
40. Avec la clef du cachot
Un autre souvenir me revient : avoir été de garde, en tant que "caporal de pose" au Corps de Garde de la Caserne Callemeyn ! Cette mission là est bien différente de celle de la sentinelle. Bien qu'il faille aller "poser" et "déposer" les plantons de faction toutes les deux heures ainsi que parcourir quelques rondes nocturnes, le Caporal de Pose doit aussi, à certaines heures, ouvrir les cachots pour permettre aux soldats punis d'aller faire leurs besoins naturels. Cela se fait... baïonnette au canon ! mais... malgré tout dans la bonne humeur. Car les punis, ne sont jamais que d'autres miliciens comme moi qui n'ont fait de mal à personne.
Certes, ils se sont rendus coupables d'une connerie ou d'une désobéissance à un gradé. Ces erreurs se paient par des jugements arbitrés par le Capitaine de leur Compagnie. Cela peut commencer par des "jours de piquet", des jours de "salle de police" (càd, le milicien puni passe sa journée normalement aux exercices, mais rejoint le cachot à 18 heures jusqu'au lendemain) ou des jours de cachot (càd en cellule 24 heures du 24. Seulement, ces jours là, sont considérés perdus pour le service rendu à la Belgique et doivent être récupérés après la démob).
J’imagine que la vie en cachot n'a qu'un seul mérite : celui de pouvoir dormir. Un petit local de 3 m sur 4, une petite fenêtre qui ne s'ouvre pas, un banc dur qui sert de lit. Une couverture. Le "détenu" ne peut rien posséder sur lui, ni ceinture, ni lacets ! Le Caporal de Garde a pour mission de s'en assurer. Tiens donc ! Et s'il venait à se pendre ??? Ou à se trancher une veine ? Ou à se rebeller !
La seule lecture admise au cachot est la bible ou le règlement militaire.
Le lendemain matin, quelle écoeurante puanteur régnait dans ces cellules quand il fallait ouvrir les portes pour permettre aux "punis" de se rendre aux toilettes. Je me demande encore aujourd'hui si ces gens ne prenaient pas un malin plaisir à uriner dans leur cellule pour manifester contre leur sort.
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Image sélectionnée au hasard sur le net
41. Jour de fastes à la caserne !
Détenais-je des qualités sportives ignorées, mais... après quelques cours de gymnastique, l’adjudant-prof de gym me sélectionne pour faire partie du peloton d’exhibition lors la prochaine fête de la caserne.
Cela me réjouit car les heures d’entrainement imposées à ce peloton me dispensent des autres cours habituels, tels que ceux de tactique obligeant les copains de chambrée à aller patauger ou courir sur la plaine de manoeuvre.
J’apprécie ces heures de gym surtout pour l’apprentissage d’un mouvement d’ensemble à exécuter devant tous les gros bonnets gradés du bataillon. Ce peloton d’élites-gymnastes regroupe une bonne vingtaine de gars, tous miliciens. On s’entraine à répéter une succession d’étirements, d‘assouplissements, de sautillements, de flexions.... Seulement voilà, je peine énormément au moment de l’enchaînement de la position de “la grenouille” vers “le trépied” ! Dans ce mouvement, poser le front sur le sol en prenant appui sur la tête pour amener les jambes à la verticale me fait horriblement mal. Normal : le gravier du parade-ground me martyrise le crâne !
Pour la deuxième partie du spectacle gymnique, il nous faut sauter par-dessus un “plinth"en longueur mais également par dessus une jeep mise en travers. J’ai beau m’élancer comme une brute pour bondir sur le tremplin , je n’arrive jamais à "voler" parfaitement “jambes entre bras” au-dessus de la bâche de la Willys. Mes pieds accrochent et le saut est tout simplement raté. Je m’en veux de ne pas réussir cet exercice car là aussi, je suis pénalisé.
Cela me vaut d’ailleurs, à l’avant-veille des fastes, d’être désigné comme "réserve" ! Donc, je ne pourrai y participer sauf s’il faut remplacer quelqu’un en dernière minute. Tant pis pour moi. En attendant, il me faut encore bien écouter les instructions car je suis désigné pour....le transport du matériel de sport et leur débarrassage rapide..
Conclusion, j’ai le cul trop lourd pour être un bon gymnaste ! Pourtant, au collège, je décrochais toujours les 1ères places aux cours de gymnastique ! Comme quoi, on ne peut être et avoir été;
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illustration : montage fictif réalisé avec GIMP
42. L’avis de mon chef de peloton... bof !
La session des CSOR touche à sa fin. Le 24 juillet 1965, tout sera terminé. Combien d'examens pratiques, d'épreuves de théorie, de manoeuvres tactiques sur le terrain avons-nous reçus durant ces cinq mois d'École d'Infanterie. Une nervosité se ressent au sein de notre peloton dont la tension monte tout doucement. Qui sera nommé sergent ?
Je me souviens aussi très bien de cette appréciation que m'avait faite le lieutenant Empain, mon chef de peloton, dans son rapport à mon sujet pour me refuser après quatre mois, ma nomination au grade de caporal :
"Adaptation difficile à la vie militaire. Tempérament provençal et espagnol. Jovial et boute-en-train ! Je pense qu'il pourra s'adapter à la vie militaire et prendre au sérieux le mode de vie et respecter les grades !" Cette mention me valut deux mois de d'attente supplémentaire avant de pouvoir coudre, sur mes manches, mes deux premiers galons de caporal.
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Pour illustrer cette note, j'ai choisi l' affiche d'un film typiquement provencal, de Marcel Pagnol.
Quel beau dessin caricatural dont j'aurais un immense plaisir à y ajouter sa tronche !
43. “C’est comme ça qu’il faut commander !”
Mais j'eus ma revanche pendant le "raid" de deux jours pour le test final au grade de sous-officier de réserve.
Sur la plaine de manoeuvres de Lagland, sous l'inspection d'un capitaine au béret vert de para-commando, un nommé Jeunehomme, réputé pour un "dur à cuire", je reçus de sa part les meilleures félicitations de tout peloton quant à la manière de conduire les hommes : pour avoir été fort en gueule, pour l'autorité que je dégageais, pour la motivation dont mes hommes tenaient à m'obéir !
- "C'est comme ça qu'il faut commander les soldats !" ajouta-t-il. J'ai savouré ce compliment et cette modeste victoire, le regard tourné vers le COR qui m’avait catalogué dès le premier jour,.
De plus, le Capitaine Jeunehomme remarqua aussi, lors des épreuves sportives, mon réel esprit d'équipe et de solidarité vis-à-vis des copains de la chambrée qui risquaient fort d'échouer l'examen physique qui consistait à :
- porter un homme sur le dos pendant 100 mètres en 50 secondes
- courir 1500 m en 8 minutes
- enfin, boucler 9 km en bottines, casque avec le havresac ! Cette marche devait se faire dans les temps impartis.
Pour moi, ces tests physiques ne me posaient pas de problèmes. Et plutôt que d'essayer de réaliser un bon temps, j'ai préféré ralentir pour courir aux côtés de Jean-Paul, l'encourager, le persuader que cela lui était possible, surtout l’empêcher de s'arrêter.... Et Jean-Paul réussit l'épreuve dans les temps ! Quelle fierté pour lui ! Quelle satisfaction pour moi !
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En guise d'illustration pour cette note, loin de moi l'idée de me comparer au colonnel Nicholson, mais cet officier de 1943 (!) savait mener ses hommes et contrer l'adversaire.
44. Je voulais que ce soit : "Tel père... tel fils !..."
La remise des galons de sergent se déroula sur la grand'place de Bertrix, à la suite d'un défilé militaire rythmé par la musique de la caserne. En tenue de combat, rangé au milieu du 1er Peloton de la 1ère Compagnie, je m'y vois encore et me sens encore ému, lorsque le Chef de Corps, un Général dont j’ignore toujours le nom, me remit le petit brassard kaki garni de trois galons.
Non pas sans émotions...
Ma pensée s'envola immédiatement vers ma maman qui avait toujours souhaité que l'un de ses fils puisse devenir sergent comme leur père, son feu mari Georges De Witte, le fut lors de la mobilisation en 1939. Mon paternel décéda en 1953, je n’avais que 8 ans. Au son de la Brabançonne, la même que celle interprétée devant son cercueil, douze ans plus tôt, j'avais les yeux embués et tremblotants et je songeais à lui. J'étais fier pour ma mère.
De retour à la ville d'Arlon, ma première sortie fut celle de l'achat d'un képi de sous-officier qui remplacera mon béret brun de fantassin pour le jour du mariage mon frère Pierre, quinze jours plus tard.
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Pour illustrer ce jour, j'ai choisi de réaliser un montage de deux photos prises, l'une en 1939, l'autre en 1965. Il avait 31 ans, j'en avais 20.
45. Spich, en Allemagne
Au lendemain de la remise de mes galons de sergent à Bertrix, je prenais le T.P.J. à destination de Spich, une caserne basée en Allemagne, à quelques 100 km à l'est de Cologne !
"T.P.J." Ces trois lettres signifient le Train des Permissionnaires Journaliers qui effectue un aller-retour par jour reliant Bruxelles jusqu'à la caserne belge la plus éloignée sur le territoire de l'Allemagne de l'Ouest. Car, en 1965, cette partie de l'Allemagne divisée devait encore et toujours subir la présence militaire des pays alliés qui ont gagné la guerre 1940-45 sur l'Allemagne nazie. Cela faisait partie des accords de la Conférence de Yalta. Avec l'Europe d'aujourd'hui, il n'y a bien sûr plus aucune trace de ces bases militaires en Allemagne.
Donc, le 1er bataillon des Chasseurs Ardennais m'y attendait . Cette affectation me réjouissait puisque que j'avais exprimé le souhait d'être intégré à cette force -là ! Pourquoi ? Je n'ai jamais pu le préciser mais, sans doute, que le prestige de l'énorme béret vert à l'écusson de tête de sanglier me charmait.
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En illustration : L'entrée de notre caserne telle que nous l'avons connue, et la même vue en 2005, trouvée sur internet.
46. Palpitante, la vie de sergent ?
Ma première impression semble positive. La restera-t-elle tout au long de ces six mois à Spich ?
Le premier avantage du grade de sous-officier se goûte déjà par l'heure du réveil : 6 heures 30, au lieu de 5 h 30, à Arlon. Dormir une heure de plus, n'est-ce pas appréciable ?
Deuxième avantage : je n'ai plus l'immense responsabilité de posséder un fusil de guerre parce que les sous-off' n'en reçoivent pas ! Donc, fini cette corvée de nettoyer son arme, la huiler afin qu'elle se rouille pas, ou la sécher lorsqu'une inspection armement s’annonce. Quant aux exercices tactiques sur le terrain, ils se font... sans casque, ni sac à dos. Quelle aisance pour moi, tandis que les braves soldats de la troupe sur lesquels j'ai dorénavant autorité, doivent se charger de tout ce lourd attirail.
Troisième privilège : Dorénavant, je ne mange plus à la cuisine de la troupe mais au "mess" des sous-officiers où la cuisine, en principe, devrait être meilleure. Et de plus, ce sont des miliciens cuisiniers qui assurent un "service en salle" pas du tout regardants.
Enfin, "last but not least", la solde, c'est-à-dire la "paie" du soldat, accordée par l'État Belge à ses miliciens est doublée. Pour donner une idée de valeur, le soldat devait recevoir à l'époque, si ma mémoire est bonne, une bagatelle de 15 francs belges par jour ! Juste assez de quoi se payer un paquet de cigarettes !
Promu sergent, je me réjouis de cette solde qui passe à 30 francs belges. Voilà de quoi fumer encore un peu plus !... pour s’empoisonner les poumons !
47. Prendre du galon n'est pas un vain mot
Mon premier travail à l’armée sera de "donner du drill" à une trentaine de soldats, des jeunes recrues qui viennent d'être enrôlées dans l'armée voici trois semaines à peine, dont... notre ami Jean Sans Terre ! (LOL)
Il me faut leur faire marcher au pas, exécuter les saluts, les mouvements sur place, présenter l'arme... etc...
Heureusement, tout cela se passe sans problème. Pourquoi ? Ai-je affaire à un peloton de braves garçons qui se plaisent à obéir à mes ordres ? Peut-être, mais pourquoi aurais-je cet avantage ?
Je reconnais que cette fonction me plait beaucoup parce que, plus jeune, au patronage, j‘aimais déjà les défilés... militaristes. Sans parler des "saluts au drapeau" lors de chaque rassemblement !
Ces "Chasseurs Ardennais" aimaient bien le "drill" que je leur donnais. Mon organe vocal qui m'a toujours privilégié d'une voix forte; mon respect pour les soldats rassemblés en face de moi; l'entraînement des mouvements de marche que je voulais variés, ont sans doute apporté ce "plus" à parader avec autant de fierté que de bonne volonté.
Mais cela ne s'est pas passé sans témoin. Le premier à remarquer l'enthousiasme des soldats à pratiquer du drill fut mon capitaine de compagnie, le capitaine Lefebvre. Dès lors, il ne tarda pas à prévoir des séances de drill pour toute la compagnie, c'est-à-dire trois pelotons groupés, sous ma direction. C'était pour moi la reconnaissance d'une mission bien exécutée et cela m'encourageait à oser plus de variations dans ces défilés improvisés.
Je revois encore ce groupe d’une centaine d’ hommes, immobiles, au garde à vous, arme à l'épaule, face à moi, attendant mes ordres.
- "Compagnie, en avant... Marche ! Gauche, Droite....." Comme sur un claquement de doigts, ces soldats rangés sur vingt rangs de six hommes se mirent en marche, en claquant les talons à l'unisson sur les pavés comme s'ils voulaient en casser.
La cadence était parfaite. Dans chaque file, on ne voyait qu'une seule tête. A moi, leur instructeur, de faire changer la direction, de déboîter à gauche ou à droite de la route, de faire faire demi-tour à toute la compagnie.
Le plus grand plaisir de ces parades se savourait, aussi bien pour les soldats que pour moi-même, lorsque je laissais la compagnie s'éloigner de l’autre côté du parade-ground, pour, à la dernière seconde, hurler l'ordre de pratiquer le demi-tour sur place, en reprenant immédiatement la marche. Ce mouvement difficile de drill consiste en deux pas sur place, trois en pivotant par la droite, suivis d'un bruyant claquement du pied pour marquer la reprise de la marche retour. Pour les miliciens, participer à de tels exercices, était un réel plaisir. Pour moi aussi.
48. Bienvenue au “sergent de semaine”
Un mois après ma mutation à Spich, je reçois la mission d'assurer le "service de semaine" pour toute la compagnie. C'est-à-dire la responsabilité de veiller au bon fonctionnement du... "ménage" pour comparer à la vie militaire à la vie civile.
Le premier désagrément sera d'aller dormir durant une semaine au "local de semaine" à l'intérieur du bâtiment même de la compagnie. Réussir à dormir en pareilles circonstances relève de l'exception. Un lit, un matelas, et.. on y dort tout habillé, même chaussé des godasses. Car, il faut être prêt à intervenir sur le champ, immédiatement ! Des semaines vraiment stressantes et éprouvantes.
Selon mes notes, je dois me souvenir d’un mercredi matin, un réveil par le Corps de Garde à 3 heures. Il me faut aussitôt, à mon tour, aller réveiller tous les miliciens qui ont reçu "permission" à partir en congé. Cela ne traîne pas, car ils doivent se rendre à la gare pour embarquer sur le TPJ à destination de la Belgique.
Ce même jour, dès 7 heures, j'accompagne le reste de la compagnie pour un exercice tactique : déplacement en camions à 30 km pour se rendre à pieds sur une plaine de manoeuvre, la Wahnerheide, où il est prévu d'y passer la nuit. Cette nuit-là, je la passe à bord de mon full-track où l'inconfort rendait le sommeil impossible, ne fusse qu'une seule minute. Je décide alors d'aller m'allonger sur l'herbe... mais sous le blindé qui me sert de... toit et m'empêche de "voir la belle étoile". Quelle inconscience ! Le lendemain, des manoeuvres nous attendent ! Une fois de plus, mon grade de sergent me privilégie car c'est toujours le chef de section qui occupe la tourelle du char chenillé tandis que les dix soldats doivent prendre place à l'intérieur de ce char où la lumière n'entre pas, sauf un mince filet passant par les écoutilles sales. Et comme la mission d'un transporteur blindé tout terrain est de pouvoir se déplacer sur tous les sols qu'ils soient remplis de fosses ou de bosses, j'imagine le malaise intestinal supporté par mes hommes à l'intérieur de l'habitacle obscur, exigu et nauséabond. Perché dans la tourelle, ce blindé m'offre une position surélevée, en plein air, et me donne l'occasion de voir la progression de l'engin qui franchit toutes les montées raides, qui "enjambe" des fossés, qui s'aventure sur des pentes si fortes que je crains la culbute. Je ne tairai pas ma trouille mais un tel voyage en char blindé est tellement grisant qu'on ne s'en refuse pas. A l'issue du ce périple quelque peu secoué, mes hommes sortent de leur caisse métallique, à moitié malades, prêts à vomir. Cela m'oblige de me taire par décence.
Qui a aimé les balades en Full-Track ?
Un souvenir de la plaine de manoeuvres à la Wahnerheide ! Il était prévu d'y passer la nuit. Cette nuit-là, je la passe à bord de l’ M75 de ma section où l'inconfort rendait le sommeil impossible, ne fusse qu'une seule minute. Je décide alors d'aller m'allonger sur l'herbe... mais sous le blindé qui me sert de toit et m'empêche de "voir la belle étoile". Quelle inconscience ! Mes hommes dormaient-ils sous leur demi-toile de tente, je ne m’en souviens plus. Le lendemain, des manoeuvres nous attendent ! Une fois de plus, mon grade de sergent me privilégie car c'est toujours le chef de section qui occupe la tourelle du char chenillé tandis que les soldats doivent prendre place à l'intérieur de ce char où la lumière n'entre pas, sauf peut-être un mince filet passant par des écoutilles sales. L’utilité d'un transporteur blindé tout terrain est de pouvoir se déplacer sur tous les sols qu'ils soient remplis de fosses ou de bosses. On y est secoué comme sur une arbre à prunes. J’imagine le malaise intestinal supporté par mes hommes à l'intérieur de l'habitacle obscur, exigu et nauséabond. Mais, perché à la tourelle du blindé et au grand air, je m'offre un spectacle inoubliable et me donne l'occasion de voir la progression de l'engin suivant un tank Patton (?) qui franchit toutes les montées abruptes, qui "enjambe" des fossés, qui s'aventure sur des pentes si fortes que je crains la culbute. La trouille m’envahit à chaque obstacle mais un tel voyage en char blindé est tellement grisant qu'on ne s'en refuse pas. A l'issue du ce périple quelque peu secoué, mes hommes sortent de leur caisse métallique, à moitié malades, prêts à vomir. Cela m'oblige de me taire par décence. Ils sont courageux, les chasseurs ardennais ! Mais, il n’y avait pas de temps à perdre : mes fusiliers d’assauts devaient monter à l’attaque en tirailleur !….
C'était à l'automne 1965
49. La distribution des...corvées
Dès le retour à la caserne, le service de semaine continue ! Je dois assurer les appels en m'assurant de la présence réelle de chaque nom; la surveillance des repas au réfectoire, la discipline à l'intérieur de la compagnie, la rédaction de la liste des corvées, ainsi que leur surveillance : par exemple la corvée "épeluchement".
A vouloir trop bien faire, mon zèle fit que je dus assurer encore deux autres services de semaine qui coïncidèrent chaque fois avec les "inspections compagnie". Pourquoi ?
J'avais un truc pourtant simple. Aux soldats qui avaient la corvée de nettoyer le couloir, je leur disais de ne point utiliser d'eau.
- "Mais, sergent, comment fait-on alors ?"
Je leur conseillais de donner simplement un efficace coup de balai après avoir "fait les poussières" des abats jours, des chambranles de portes, des moulures, des plinthes, sans oublier d'aller ôter les toiles d'araignées tissées depuis des mois dans les coins inaccessibles.
A vouloir trop bien faire, mon zèle fit que je dus assurer encore deux autres services de semaine qui coïncidèrent chaque fois avec les "inspections compagnie". Pourquoi ?
J'avais un truc pourtant simple. Aux soldats qui avaient la corvée de nettoyer le couloir, je leur disais de ne point utiliser d'eau.
- "Mais, sergent, comment fait-on alors ?"
Je leur conseillais de donner simplement un efficace coup de balai après avoir "fait les poussières" des abats jours, des chambranles de portes, des moulures, des plinthes, sans oublier d'aller ôter les toiles d'araignées tissées depuis des mois dans les coins inaccessibles.

Cette recommandation étonnait et réjouissait les soldats qui ne devaient donc plus aller chercher de l'eau, ni seaux, ni raclettes, ni wassingues. Seuls, un chiffon et un balai suffisaient. Faut dire que depuis toujours, le nettoyage des couloirs se résumait à asperger le sol de quelques gouttes d'eau et de passer la serpillière, de gauche à droite, en reculant, tout en poussant les poussières dans les recoins. Le carrelage encore humide, les soldats s'empressaient d'appeler le sergent de semaine pour constater la "bonne exécution" de la corvée. Mais le couloir... restait aussi sale que la veille. J'ai voulu changer cette habitude et j'y suis parvenu. Idem pour la corvée "escalier". Je demandais aux soldats de ne point laver les marches. Mais bien de frotter... les contremarches pour enlever toutes des traces de cirage des godasses. Les résultats furent remarquables.
Bref, lorsqu'il fallait rafraîchir le bâtiment de la compagnie de fond en combles... le commandant de compagnie savait qui désigner comme "sergent de semaine". De plus, ce fut encore moi au terme d'une quinzaine de manoeuvres à Vogelzang où je dus, avec mes hommes, rester un jour de plus sur place pour "nettoyer" tous les recoins du site, les éviers, les WC, les mégots !
Notre ami Sad Sack est de retour ! LOL
50. Avec dix doigts, à l’aveugle !...
Une autre anecdote me revient en mémoire. Celle de la "machine à écrire". Au bureau du CSM (adjudant de Cie ?), un soldat milicien s’occupait du travail du secrétariat de la compagnie. A lui de dactylographier les "ordres de marche", les "programmes de la journée" et toutes les paperasses officielles. Seulement, ce brave militaire, affecté arbitrairement à cette tâche depuis son passage à "Petit Château" n'était pas, dans le civil, un... employé de bureau. C'est dire toute la difficulté pour lui de taper à la machine le brouillon du capitaine. Pourtant, il y consacrait tous ses efforts. Avec ses deux index, il enfonçait les touches les unes après les autres après les avoir repérées sur le clavier AZERTY: j'en avais pitié. Je me suis proposé de lui donner un petit coup de main, pendant les quelques temps libres de mon service de semaine. Il me passa tout un texte à recopier. Je m'assis à sa place, devant l'Olivetti; glissai une feuille de papier autour du rouleau et commençai à dactylographier ce texte tout normalement : "à l'aveugle et des dix doigts" comme je l'avais appris au Collège dès l’âge de 12 ans. Par hasard, le Cpt Lefebvre passa dans le couloir et entendit le cliquetis rapide des lettres frappant le papier. Quel étonnement ! Mieux... quelle admiration ! Quelques jours plus tard, je reçus d'urgence une longue note à retranscrire, et de 17h45 à 18h15, il resta posté derrière moi pour s'assurer de la discrétion et de la bonne mise au net de son papier.
Illustration : une photo piquée du net ! J'ignore d'où et quand ! Mais la vie militaire n'est pas forcément la même partout !
51. La belle nuit de l’an neuf
Cette performance racontée précédemment me valut désormais... la permission de minuit ! Une faveur que je n'ai jamais utilisée puisqu'à Spich...la caserne se trouvait dans un bled. De plus....sortir le soir et rentrer tard n’étaient pas mon genre. Ce que j'ignorais aussi était, qu'à ces petits privilèges, suivaient généralement d’autres missions réservées tout spécialement aux sergents miliciens. Par exemple : monter la garde à un dépôt de munitions à Longuerich, une région désertique située à (x?) km de Spich pour une durée allant du dimanche 9 heures du matin au lundi 16 heures. C'est-à-dire : 31 heures d'affilée. Ou encore, assurer la garde dans ce même bled un... 31 décembre, la nuit du "réveillon" durant laquelle la seule satisfaction fut celle d’entendre retentir les sirènes à minuit annonçant l'an nouveau 1966. Cette nuit-là : je me suis dit : "Il ne me reste plus qu'un mois à tirer !"
Pour cette nuit de 31 décembre, je vous invite à admirer un dessin de Bruce Bairnsfather....
Parmi mes activités militaires en Allemagne, entre les "gardes" et les "services de semaine", j'eus le plaisir de participer à des manoeuvres à la Wanerheide ainsi qu'à Vogelzang (sur la frontière belge). Ces expéditions demandaient de grandes préparations et avaient leur lot de surprises : telle que l'annonce d'une "alerte-compagnie" où il fallait vider notre bâtiment en moins d'une heure, comme si un ennemi nous envahissait, tel que l'embarquement des full-track sur les wagons en plate-forme d'un long train. Cette dernière opération m'a d'ailleurs laissé un pénible souvenir, En marchant à reculons devant le véhicule et, à l'aide des bras, je devais indiquer la bonne direction au conducteur du blindé qui ne pouvait apercevoir les chenilles du blindé. Ce char était un peu plus large que le plateau du wagon.
- "A gauche, encore, à droite, non c'est trop, c'est bon, c'est dans l'axe... doucement..."
Cet embarquement commençait à partir du dernier wagon, rouler sur tous les autres et trouver enfin ma place à l'avant du train. Tellement concentré sur ce guidage, je fis une chute entre deux plateaux. J'ai l'impression d'en souffrir encore aujourd'hui : un pied se posa dans le vide ! Douleurs au dos, au genou ! Aie, Aie !!
Photo piquée du net, de la Fraternelle sans doute.
53. Il fallait vider les chargeurs
De ces manoeuvres, j’en retiens entre autres deux bons souvenirs.
Le premier, les séances de tir à balles de guerre. La troupe avait régulièrement des heures d'entraînement au stand de tir où la plus grande prudence était de rigueur. Il leur fallait toucher les cibles sinon vis-à-vis de l’ ABL, c’était du “gaspillage” de cartouches.
Lorsque tous les soldats avaient tiré leur chargeur de munition, il en restait toujours qu'il ne fallait surtout pas ramener à la caserne. Il fallait les "consommer" ! Ces cartouches-là étaient dès lors réservées aux sergents qui, en empruntant le fusil d'un bienveillant soldat, pouvaient à leur tour s’exercer à tirer plusieurs chargeurs de balles de guerre. Attention, un exercice redoutable pour l'épaule car le recul de l'arme pouvait abîmer la clavicule. Attention aux oreilles aussi, pour les détonations. Les casques-anti-bruit n’existaient pas à l’époque.
Après tout cela... on rendait simplement le fusil au brave soldat qui n'avait plus qu'à le nettoyer et l'astiquer pour la prochaine inspection.
54. “Nous sommes faits prisonniers !”
Vint le jour du fameux "test-bataillon". Dans ma petite tête de civil en milice, il s'agissait à "jouer à la guerre... “pour de faux"... comme disent les enfants.
J'écrivais à l'époque : "Il est 7 h 30 du soir, je me mettrai au lit le plus vite possible car le réveil est prévu à minuit et demi pour un exercice-manoeuvre avec des tanks et le bataillon jusque demain midi." Il fallait imaginer que ma 1ère compagnie de Chasseurs Ardennais se voit attaquée par une autre compagnie de notre même caserne. La première contre la troisième. Etait-ce comme à l’époque des “Aux gendarmes et au voleur” joué sur la cour de récréation ?
Je n'ai jamais compris l'acharnement des militaires de carrière pour ce genre d'exercice. Toujours est-il, qu'avec ma section, et sans m’en rendre compte : nous fûmes faits prisonniers ! Le commandant de la "compagnie-ennemie" m’ordonna dès lors de participer, avec mes hommes, aux offensives déployées contre nos amis-soldats de la 1ère compagnie. Diantre ! Mes gars et moi refusèrent par pure mauvaise volonté et surtout par excès de fatigue. L'arme à l’épaule par la bretelle, nous avons suivis le mouvement... comme des grévistes.
Cela déclencha une vraie colère chez les officiers "adverses" et les “observateurs”. Selon eux, il s’agissait d’ un net refus d'obéir à leurs ordres. Je pensais devoir passer au conseil de guerre. Que nenni ! Une fois rentré à la caserne, je fus bien étonné de recevoir... toutes les félicitations de mon propre capitaine Lefebvre et de mes collègues gradés de la 1ère compagnie pour avoir désobéi aux ordres de l’ennemi plutôt que d’obtempérer et de nous tirer dessus. Quel drame ai-je évité là !
55. J’ai même joué au foot !...
En guise de délassement plus cordial après ces manoeuvres typiquement militaires longues de 34 heures d'affilée sur le terrain, j'eus le plaisir de participer à une rencontre de foot-ball et de faire partie de l'équipe des "cadres" contre les "chauffeurs de full-track" de la compagnie. Nous avons perdu ! J'avoue que si mes équipiers avaient eu connaissance de mes talents sportifs avec un ballon rond,... ils auraient dû deviner le résultat avant la mise en jeu.
Mais... ce n'est pas de ma faute,... c'est un sport d'équipe.
56. Je défile fièrement !
Une autre anecdote me ravit encore : la grande cérémonie organisée à l'occasion de la remise du commandement de la division rehaussée par la visite d'un officier-supérieur aussi gradé que... le roi. Les trois compagnies du 1er bataillon de Chasseurs Ardennais devaient lui présenter les honneurs sous forme d'un impressionnant défilé militaire avec toute la parade qui accompagne : salut au drapeau, dépôt de gerbes, discours, Brabançonne ! Au sein de ma compagnie, les sous-officiers de carrière participaient bien naturellement à la parade. Seulement, j'eus la chance d'en être désigné pour participer en tant que chef de section. Enfin, je pouvais participer à un vrai défilé en musique, avec tout le faste d’une fête nationale, et non plus, de devoir commander du "drill d'entraînement" aux hommes de la troupe.
Tout en veillant à la correction de ma tenue, à la blancheur des ceinturon et guêtrons, à la fixation de la fourragère à l'épaule, et à la propreté de mon fusil (que j'empruntai encore une fois) j’éprouvai une certaine de fierté intérieure qui, sincèrement, me fit apprécier l'armée pour ce qu'elle peut offrir et que la vie civile ne le peut pas.
question : Où suis-je ?
57. Je fus mis au rapport !
A propos de jours d'arrêt... je me souviens d'avoir risqué de devoir en "faire". Pourquoi ? A propos de cette "alerte", elle eut lieu un jour de décembre, à 6 heures du matin. Le jour n'était pas encore levé ! N'étant pas "sergent de semaine" ce jour-là, je dus néanmoins participer à l'évacuation de tout le matériel de la compagnie : depuis les paperasseries jusqu'aux mitrailleuses, sans rien oublier et surtout y laisser. En tenue de combat... pour la circonstance... .je participai à l'embarquement du matériel militaire qu’on entassait à bord des full-track. Dès 9 heures, en route pour le cantonnement d'alerte. Celle-ci s'acheva à 11 heures. Seulement pendant le trajet, mon véhicule chenillé tomba en panne à deux reprises. Comme il faisait très froid, mon chauffeur prit l'initiative de ne pas couper le moteur pendant la réparation des petites pannes; ceci afin de profiter de la chaleur du moteur. J'ignorais que c'était formellement interdit de "travailler" sur un véhicule, moteur en marche. Cette "désobéissance" me valut une mise au rapport auprès du capitaine qui, dans sa grande mansuétude, m'épargna des "jours de balles", vu mes bons états de service, et se contenta de me donner qu'une remontrance.
58. J’étais volontaire au “Test de combat”
Durant mon avant-dernier mois vint... la préparation du "Challenge Company Fusillers" (ChalFuAs)... L'édition 1966 offrit à la 1ère compagnie des Chasseurs Ardennais l'occasion d'y participer en mars. Seulement, pour cette période-là, j'aurais déjà quitté l'armée depuis deux mois. Par conséquent, je ne dus point participer aux entraînements préparatoires mais dus assurer, en remplacement, plusieurs "services de semaine" ou "montées de garde" dont j'en avais pris l'habitude. Néanmoins, il y eut pourtant un test auquel je tins à participer : celui du Test de Combat ! Il s'agissait de plusieurs épreuves : ramper, grimper à la corde, sauter un fossé, escalader un mur, porter un homme "blessé" sur le dos sur une distance de 200 m, et enfin courir 16 km en moins de 2 heures. Mon temps fut d' 1 heure 33 sec ! Est-ce un bon temps, comparé aux performances d'aujourd'hui ???
Cela me rappelle que tout au début de mon service militaire, lorsque j'étais à Arlon, je n'ai même pas réussi mon "BELAP", récompensé d'un superbe insigne porté sur le torse. Belap : Brevet élémentaire d'aptitude physique. J'ai échoué au saut en hauteur en ratant la barre à 1,10 m. J'en ai encore honte maintenant en le relatant !
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Pour illustration de cette narration, j'ai choisi trois dessins de Bruce Bairnsfather, caricaturiste anglais de 14-18 dans les tranchées de Ploegsteert, mon village natal.
59. Nous sommes montés sur les planches !
Début septembre, j'apprends qu'une réunion s'est organisée avec d'éventuels amateurs de théâtre pour mettre sur pied une troupe au sein de la caserne ! Cela faisait, paraît-il, partie des souhaits les plus chers du commandant de bataillon, le lieutenant-colonel Jacques. Hélas, je n'ai pu assister à cette réunion car je montais de garde ce jour-là. Cela ne m'empêcha pas de m'y intéresser dès le lendemain et de manifester mon intention à participer à un futur spectacle. Le bruit se répand dans les compagnies, et quelques jours plus tard, une équipe de 15 volontaires prêts à monter sur les planches s'est formée autour de ce projet : on jouera "le Commissaire est bon enfant". Parmi la troupe,, Jean-Pierre, le copain d’Arlon, muté lui aussi au 1er CH.A. de Spich, se propose d'assurer la mise en scène. Mais le titre de la pièce ne nous convainc pas. Il me vient alors l'idée de proposer une comédie militaire qu’au patronage de mon patelin nous avions jouée en 1961. Quelques jours plus tard, par courrier-express, je reçois le texte de "La Marraine de Boudinet", une agréable farce aux fous rires garantis qui ne dure que 45 minutes. Après avoir redactylographié le texte, les premières répétitions commencent... avec la présence du colonel ! Quelle aubaine pour les soldats acteurs : cela les dispensaient d'aller à l'exercice ! Pour moi aussi. Mais le train de vie ne diminua pas pour autant : je me souviens d'une semaine : vendredi : manoeuvre; samedi et dimanche : répétitions, lundi : montée de garde ! L'ambiance au sein de la troupe resta fort heureusement amicale et nous formions une équipe sympathique de miliciens qui partageaient volontiers l'humour. Par contre, et c'est dommage, tout ce travail de répétitions et de préparation n'aura servi que pour une seule représentation suivie, en principe, par une comédie policière : "Piège pour un homme seul" jouée par une troupe extérieure et civile, en la salle de cinéma, un dimanche après-midi, devant un public, hélas, bien peu nombreux.
Après la représentation, tous les miliciens-acteurs étaient invités à une petite réception au mess officiers où le chef de corps nous attendait pour transmettre ses félicitations. Son rêve s'était concrétisé.
Voici quelques photographies prises lors de cette unique pièce de théâtre jouée par des miliciens.
Heureusement, tout au long des mois à vivre ensemble, l'armée permet de nouer des liens d'amitié avec d'autres miliciens issus de milieux différents, venus de régions fort diverses. Ainsi, j'eus aussi la chance de partager cette année d’obligation militaire avec ce copain que j’ai maintes fois présenté : Jean-Pierre, artiste de théâtre, et aussi pianiste. Mélomane aussi, il avait déniché un piano quelque part dans la caserne et se permit parfois d'y aller caresser mélodieusement les touches et chanter "Le plat pays". Je l'écoutais, regardais ses doigts, savourais “Brel” et me mettais à siffloter la mélodie en évoquant les vagues de la mer du Nord. Nous savourions ces instants qui nous changeaient les idées. Ca nous charmait.Que dire aussi de ces soirées cinéma partagées avec un autre copain militaire MP, prénommé Francis, pour découvrir des films sortis dans les années 60. Mes courriers de l’époque m’en ont rappelé quelques titres.... mais tout est oublié ! Sauf...Tintin, peut-être !
61. Et la lessive ?
Une période de quatre mois d'affilée sans “permission”, m'a contraint à nettoyer mon linge moi-même. Heureusement, à la caserne de Spich, au local de laverie, plusieurs grosses machines à laver étaient mises à la disposition des militaires. Un jour, je m'y suis risqué pour deux lessives : le tissu kaki et les vêtements blancs au prix de 2 x 2 mark à glisser dans la fente. Je voyais cela pour la première fois et trouvais cette modernité tellement formidables que j'en décrivis leurs prouesses pendant qu'elles tournaient. A travers le hublot, je voyais le linge tourner, et tourner dans l'eau savonnée. Cela durait... “un certain temps” comme le temps de refroidissement du canon ! Je ne me lassais pas de regarder, car... une telle machine "électro-ménagère" n'existait pas chez moi. Soudain, le tambour s'arrêta, se mit à tourner rapidement, s'arrêta à nouveau, reprit de l'eau claire pour rincer et encore rincer, s'arrêter.. pour enfin procéder à l'essorage en profondeur. Tout cela automatiquement, sans y mettre la main, commandé par un “programme”. L’informatique n’existait pas encore ! On peut se réjouir d’avoir connu et vécu cette évolution !
Si les jours se suivent et se ressemblent très souvent à l'armée, il existe parfois des petits extras qui agrémentent heureusement la monotonie de la vie du milicien. Ainsi, l'avant-veille de Noël, un réveillon de la Troupe fut organisé à la cantine, avec un crochet prévu au programme de la soirée : ! Je fis partie du Jury ! Mais, hélas, plus aucun souvenir ne me revient.
62. Des joies... en sanglots

Un autre soir, des miliciens arrivés au terme de leurs 12 mois, organisèrent une fête à la cantine pour toute la compagnie, officiers compris. De 9 à 11 heures du soir, pour partager la joie de la démobilisation ou l’amertume de la séparation d’avec les “frères d’armes”, la bière a coulé à flots gratieusement... grâce à nos galons qui ornaient nos manches. Mais ces soirées d'adieu aux copains et à la vie militaire génèrent souvent des moments touchants : je me souviens de deux fusiliers démobilisés qui ne purent retenir leurs émotions au point de se congratuler et sangloter comme des gamins. Ces réelles amitiés naissent au hasard de nos “3 jours” au Petit Chateau et forcément se voient entravées d'une séparation forcée par la démob'. Se sont-ils revus depuis lors ?
Pour illustrer ce propos, voici un dessin de Horn, ancien caricaturiste du journal Le Soir.... et un autographe apposé sur la chemise kakie d'un démob ! C'est dire l'ambiance !
63. Le dernier mois : janvier 1966 !

63. Le dernier mois : janvier 1966 !

Un ultime mois qui se déroule lentement, un jour à la fois... à ne rien faire. Des activités de la troupe ? J'en suis dispensé ! Tout est concentré sur la préparation de ce fameux "Challenge Compagny" et le capitaine-commandant de la compagnie en profite pour me confier quelques petits travaux administratifs de dactylographie ou de... menuiserie. Quel problème pour trouver un marteau et quatre clous, dans une caserne !
Les soirées sont surtout... cinématographiques, sans plus !
Les temps à perdre se récupèrent par de la longue correspondance épistolaire.
Le jeu d'échec permet aussi de tuer le temps entre copains.
Tandis que les soldats sont à l'entrainement sportif, les gradés dispensés d'y particper semblent vouloir "refaire le monde".

1ère photo : Lt COR Ouerks, moi, Sgt Matagne qui simule le lancer de grenade, et le Caporal X (ancien légionaire)
2e photo : Réflexion sur échiquier avec le Sgt CSOR Marcil
63. Eclatez-vous à Chal-Fus-As !

Les soirées sont surtout... cinématographiques, sans plus !
Les temps à perdre se récupèrent par de la longue correspondance épistolaire.
Le jeu d'échec permet aussi de tuer le temps entre copains.
Tandis que les soldats sont à l'entrainement sportif, les gradés dispensés d'y particper semblent vouloir "refaire le monde".

1ère photo : Lt COR Ouerks, moi, Sgt Matagne qui simule le lancer de grenade, et le Caporal X (ancien légionaire)
2e photo : Réflexion sur échiquier avec le Sgt CSOR Marcil
63. Eclatez-vous à Chal-Fus-As !

Avec quelques jours d'avance, une ultime rencontre avec la troupe s’organisa, sur l'invitation de l'adjudant de compagnie, qui me proposa de marquer le coup de ma démobilisation imminente au mess sous-off', puis d' aller prendre un pot à la cantine avec les soldats. Pourquoi ? Pour les miliciens et les gradés de carrière, il était en effet prévu de partir en manoeuvre à Bourg-Léopold, dès le lendemain.
Ce furent des moments inoubliables car, au fil des mois, des liens d'amitié se sont tissés entre les miliciens et moi-même qui ai dû leur commander du drill, les accompagner aux “tactiques”, monter la garde avec eux, leur imposer des corvées..! Les réprimander aussi, les engueuler parfois , mais heureusement et également partager de bons moments en rigolades, en répétitions, ou à l’exercice ! Ces six mois se sont déroulés avec une réelle sympathie qui s’est installée entre nous. Par l’obligation du service militaire, nous n’avions pas demandé à être là, mais jamais, depuis 55 ans, , je n’ai jamais regretté pas de l’avoir vécu !
Ce même soir, après l'appel en chambre et jusqu'à l'extinction des feux, je suis allé leur dire "au revoir" avec une poignée de mains à chacun d'eux et, parfois, un noeud dans la gorge. Leur démobilisation était prévue en juin mais avant cela le “Chal Fus As” les attendait. Et ils ont brillé ! Un exploit dont ils en sont encore fiers aujourd’hui.
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Comédien, le Sld Mil Lejeune (lui qui campa le rôle de Boudinet) mit les manières pour une "inspection fusil" avant "nos" départs !
64. Merci, mon capitaine !

Ce furent des moments inoubliables car, au fil des mois, des liens d'amitié se sont tissés entre les miliciens et moi-même qui ai dû leur commander du drill, les accompagner aux “tactiques”, monter la garde avec eux, leur imposer des corvées..! Les réprimander aussi, les engueuler parfois , mais heureusement et également partager de bons moments en rigolades, en répétitions, ou à l’exercice ! Ces six mois se sont déroulés avec une réelle sympathie qui s’est installée entre nous. Par l’obligation du service militaire, nous n’avions pas demandé à être là, mais jamais, depuis 55 ans, , je n’ai jamais regretté pas de l’avoir vécu !
Ce même soir, après l'appel en chambre et jusqu'à l'extinction des feux, je suis allé leur dire "au revoir" avec une poignée de mains à chacun d'eux et, parfois, un noeud dans la gorge. Leur démobilisation était prévue en juin mais avant cela le “Chal Fus As” les attendait. Et ils ont brillé ! Un exploit dont ils en sont encore fiers aujourd’hui.
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Comédien, le Sld Mil Lejeune (lui qui campa le rôle de Boudinet) mit les manières pour une "inspection fusil" avant "nos" départs !
64. Merci, mon capitaine !

Mon service militaire se termina le 27 janvier 1966. Il fallait débarrasser les lieux pour les nouveaux sergents CSOR promus qui allaient nous remplacer! J'embarquai dans le TPJ, à Spich, vers 2 heures du matin pour rentrer en Belgique, bercé par le roulis de ce train tortillard...
Au terme de ces douze mois de service militaire, c'est le retour mérité à la vie civile. J'estime en général ne pas avoir perdu mon temps, et réalisé des choses palpitantes et inoubliables, inexistantes dans le civil.
Ma meilleure récompense sera assurément l'appréciation que le Capitaine Lefebvre me réserva lors de ma démobilisation :
- très bon sous-officier, enthousiaste, dévoué et travailleur
- est nommé sergent de réserve, peut participer à l'avancement !

Dix ans plus tard, sans jamais avoir dû "faire un rappel", je fus honoré de la Médaille Militaire 2e classe pour ancienneté. Cette décoration, que j'ai achetée pour me l'offrir et me la faire remettre officiellement, me fut accrochée en mai 1976 lors de la fête des Anciens Combattants, en même temps que mon beau-père, ancien prisonnier de Guerre, enfermé au Stalag XIa.
Comme dans ma famille, toutes les occasions sont bonnes pour festoyer,... cet événement-là, mémorable à jamais, a mérité la rédaction d' un long chapitre dont je réserve l’exclusivité à mes trois petits-enfants chéris.
66. La quille ? C’est fini !
Chers amis-lecteurs, Anciens Chasseurs Ardennais,
Aucune histoire ne se termine sans le mot “FIN”.
Il y a 55 ans, c’était la quille pour moi. Grâce à vos encouragements, je la revis aujourd’hui.
Je tiens surtout à vous adresser à tous un cordial MERCI pour l’attention que vous avez bien voulu m’accorder depuis plus de deux mois en lisant “La vie facile du soldat en temps de paix” , un récit que j’ai pondu en 2004.
Si, au cours de ces nombreux épisodes, certains souvenirs vous sont revenus en mémoire et ont pu vous rappeler votre propre vécu militaire..., vous m’en voyez ravi !
Voilà, je vous laisse en vous saluant, un peu militairement, mais surtout très cordialement !

Au terme de ces douze mois de service militaire, c'est le retour mérité à la vie civile. J'estime en général ne pas avoir perdu mon temps, et réalisé des choses palpitantes et inoubliables, inexistantes dans le civil.
Ma meilleure récompense sera assurément l'appréciation que le Capitaine Lefebvre me réserva lors de ma démobilisation :
- très bon sous-officier, enthousiaste, dévoué et travailleur
- est nommé sergent de réserve, peut participer à l'avancement !
65. Décoré de la Médaille Militaire

Dix ans plus tard, sans jamais avoir dû "faire un rappel", je fus honoré de la Médaille Militaire 2e classe pour ancienneté. Cette décoration, que j'ai achetée pour me l'offrir et me la faire remettre officiellement, me fut accrochée en mai 1976 lors de la fête des Anciens Combattants, en même temps que mon beau-père, ancien prisonnier de Guerre, enfermé au Stalag XIa.
Comme dans ma famille, toutes les occasions sont bonnes pour festoyer,... cet événement-là, mémorable à jamais, a mérité la rédaction d' un long chapitre dont je réserve l’exclusivité à mes trois petits-enfants chéris.
66. La quille ? C’est fini !
Chers amis-lecteurs, Anciens Chasseurs Ardennais,
Aucune histoire ne se termine sans le mot “FIN”.
Il y a 55 ans, c’était la quille pour moi. Grâce à vos encouragements, je la revis aujourd’hui.
Je tiens surtout à vous adresser à tous un cordial MERCI pour l’attention que vous avez bien voulu m’accorder depuis plus de deux mois en lisant “La vie facile du soldat en temps de paix” , un récit que j’ai pondu en 2004.
Si, au cours de ces nombreux épisodes, certains souvenirs vous sont revenus en mémoire et ont pu vous rappeler votre propre vécu militaire..., vous m’en voyez ravi !
Voilà, je vous laisse en vous saluant, un peu militairement, mais surtout très cordialement !






























































